7 ans de déni de Justice

Après l’article changé de la Vie, et alors qu’on demande des droits de réponse aux présentations calomnieuses de sites institutionnels comme celui de l’Assemblée Nationale ou du Conseil Régional des Hauts de France, il faut bien reconnaître que le même procédé se retrouve dans nombre d’articles.

Si on doit souvent en passer par des mises en demeure et des décisions de justice pour faire corriger des media (comme encore ces derniers mois France-Culture et Cath.ch) c’est que quelque chose dysfonctionne gravement dans leur façon de traiter l’information concernant le village d’enfants de Riaumont. Serait-ce parce qu’ils portent l’habit religieux qu’on doit toujours les présumer coupables ? Des journalistes peu consciencieux se contentent de répéter en boucle des allégations, sans même se demander si elles sont vraies, fausses, crédibles ou grotesques – comme ces prétendus combats à la hache au château fort.

Leur répétition finit par présenter publiquement ces affaires comme déjà tranchées sur le fond, accréditant peu à peu l’idée que des infractions seraient établies. Tout Riaumont se voit alors caricaturé en œuvre de Pères Fouettard ou de pervers, et les responsables désignés à la vindicte publique devenus indéfendables au nom de la « Protection de l’Enfance ».

Par des formulations affirmatives imprudentes, certains médias se placent d’emblée dans une perspective où la condamnation est supposée acquise et les faits déjà pénalement qualifiés. Comme si le déroulement de l’information judiciaire était écrit à l’avance, l’issue certaine, et le jugement rendu.

Tout cela se fait au mépris de centaines d’autres anciens pensionnaires qui, eux aussi, se sont rassemblés en collectif pour dire leur attachement à ce qu’ils ont vécu à Riaumont. Ils contestent la généralisation de faits ponctuels – potentiellement graves et qui doivent être examinés – mais qui, selon eux, n’engagent pas l’institution dans son ensemble et ne reflètent pas leur expérience vécue.

Cette réalité dissonante intéresse peu. Elle est écrasée sous le poids d’une médiatisation outrancière – plus de 500 articles ! – alors même que les procédures sont encore au stade de l’instruction, et ce depuis sept ans aujourd’hui… De tels délais abusifs deviennent aussi, en eux-mêmes, un déni de justice ; laissant le champ libre à un débat idéologique non éclairé par les enquêtes et décisions judiciaires.

Tant de diffamations et cet acharnement médiatique n’auraient pas lieu si la Justice de notre pays avait fonctionné normalement et rendu le verdict que nous attendons depuis maintenant plus de 7 années. L’avis de fin d’information de cette procédure a été rendu le 24 juin 2022 par la juge d’instruction du Tribunal judiciaire de Béthune. Rien ne peut justifier que trois ans et demie après la fin de cette information ce procès n’ait toujours pas eu lieu.

Six religieux de Riaumont sont depuis 7 ans mis en examen ! Si certains d’entre eux ont enfreint la Loi, pourquoi ne sont-ils pas depuis longtemps condamnés ? Et combien de temps ceux qui sont innocents seront-ils encore injustement soupçonnés ?

Une présomption de culpabilité médiatique

Lorsque l’on se penchera, avec un peu de recul, sur ces années de procès médiatiques, on retiendra des procédés récurrents, utilisés comme une arme efficace : répétition et amplification d’allégations non vérifiées ; propos isolés d’une poignée d’anciens mécontents, présentés comme représentatifs de l’ensemble des pensionnaires.

• diffusant auprès du public l’idée selon laquelle les faits reprochés à Riaumont seraient établis,  avec existence d’infractions avérées, et les responsabilités établies.
• créant un climat de culpabilité publique neutralisant toute réflexion et même les droits de réponses contradictoires.
• installant dans l’opinion publique une représentation anticipée de l’issue pénale (inversion directe de la présomption d’innocence).

À ce biais médiatique s’ajoute l’activisme de certains comptes militants sur les réseaux sociaux. Ils s’auto-alimentent, dans une logique d’effet cliquet, pour faire monter l’idée que les charges seraient déjà suffisantes et que la culpabilité acquise.

Cette manipulation, consciente ou non, vise à diffuser l’idée que les faits reprochés à Riaumont seraient établis, les infractions avérées, et les responsabilités acquises. Elle tend à créer un climat de culpabilité publique neutralisant toute réflexion, et jusqu’à l’exercice de réponse contradictoires et les droits de la Défense.

Les réseaux sociaux diffusent l’image d’une société où les plus bruyants se substituent aux juges, et où la justice n’a plus la paix nécessaire pour discerner, sereinement, la vérité des faits. Ainsi s’installe, dans l’opinion, une représentation anticipée de l’issue pénale, en contradiction frontale avec la présomption d’innocence qui fonde l’État de droit. Une société où l’on confond rumeur et preuve, soupçon et condamnation, émotion et jugement, n’est pas pour autant plus protectrice des victimes. Elle en crée même d’autres.