Histoire de Riaumont

La première fois qu’un visiteur franchit le porche d’entrée de Riaumont, il a toujours conscience de pénétrer dans un domaine un peu extraordinaire. En effet, ne serait-ce que par son architecture, Riaumont est un village hors du commun ! Mais, comme disait le Petit Prince « l’essentiel est invisible pour les yeux » au royaume de l’enfance.

Nous sommes sur cette terre d’Artois, terre au très riche passé historique, Terre dont la mémoire remonte au temps des Francs Saliens qui régnèrent sur la Gaule après les conquêtes de Clovis, Berceau de Liévin, la colline de Riaumont a révélé un des plus grand cimetières francs du pays ; l’Artois est aussi une terre qui vit la plus cinglante défaite de la Chevalerie Française en 1415 face aux anglais, sur la plaine d’Azincourt.

Terre qui souffrit des exactions révolutionnaires avec son cortège de saccages, de destructions de monastères, de châteaux, d’églises et d’abbayes, comme au Mont saint Eloi. Cette terre au XXème siècle, durant les deux guerres mondiales, vit les plus terribles combats entre les hommes et dont les traces marquèrent un peuple à tout jamais. Déluges de feu et de fer sous lesquels nos aînés répondant « toujours prêt » pour secourir leur patrie en danger se sacrifièrent en laissant plusieurs millions des leurs ! Les cimetières, les tranchées, les trous de bombes sont aujourd’hui les témoins vivants de ces terribles heures.

La Providence a voulu que Riaumont s’élève face à deux sites dédiés à la mémoire : le cimetière national de Lorette où repose Nicolas Benoit ( fondateur des Éclaireurs de France), et la colline de Vimy. Depuis la révolution industrielle, cette terre est celle de nos pères qui laissèrent un peu d’eux même dans ses entrailles afin d’en extraire le charbon vital pour la modernisation de la France. Paysages du « pays noir » dans le bassin minier qui a vu surgir ces terrils fruit du travail des hommes, telles de gigantesques pyramides d’Egypte.

Terre de combat où, fidèle à « la relève sur les tombes » le père Albert Revet fonda en 1960 un village d’enfants. D’un champ de bataille, a ainsi surgi un jardin merveilleux.
Village où résonneront et pour longtemps encore les prières, les cavalcades, les chants et les cris de centaines d’enfants.

Voici donc l’histoire de ce village.
« Nos rencontres sont souvent la Providence »C’est à partir de ces rencontres que le père Revet pensa Riaumont.

À l’âge de treize ans, la lecture d’un livre sur la vie de Saint Jean Bosco donna naissance à son rêve : pouvoir s’occuper de garçons. Puis pendant la guerre de 39-45, une deuxième rencontre avec le Père Doncoeur et ses routiers à Calais lui fit découvrir le scoutisme. Sur une interrogation du Père Revet, « Est ce la peine de se donner au Scoutisme ? » le Père Doncoeur répondit « Le jeu en vaut la chandelle ». Cette réponse fut déterminante. J’entend encore le père qui souvent reprenait cette expression.

La troisième rencontre s’effectua à Vézelay avec le père Sevin qui lui expliqua son rêve de pouvoir fonder un institut religieux se consacrant aux jeunes en gardant toutes les valeurs du scoutisme et en appliquant les méthodes scoutes.

À la demande de son évêque, le Père Revet s’occupera pendant sept ans de filles et de garçons à LENS. C’est là qu’eut lieu une quatrième rencontre, celle avec le Père Jésuite Jaoue qui s’occupait d’enfants gravement délinquants. Peu de temps après, on amena un garçon, Michel, dont les parents ne voulaient plus. Quelques semaines plus tard, ils étaient déjà au nombre de sept.

Monseigneur RUPP, évêque auxiliaire de Paris vint trouver le père Revet à la mort du Père Sevin, en lui demandant s’il ne voulait pas essayer de réaliser le rêve du le Père Sevin : l’Ordre Scout. Sa réponse : « Je ne me sens pas l’âme d’un fondateur. Je veux bien essayer mais je ne ferais pas un pas sans que le Seigneur ne me pousse par le épaules » .

Il le poussera beaucoup car peu de temps après, c’est au nombre de trente qu’ils arrivèrent.
Les parents des scouts et des élèves catholiques décidèrent qu’il fallait construire quelque chose.
Les houillères fournirent un coin de terre couvert de trous de bombes : Riaumont venait de voir le jour.

En 1960, quarante garçons et un premier bâtiment se dressait sur la colline, le foyer Godefroy de Bouillon.
Le Père Revet aimait beaucoup la citation de Guy de Larigaudie dans Etoile au Grand Large : « Le paradis de mes rêves d’hommes est exactement le même que le paradis de mes rêves d’enfants ».
« On ne donne pas de plus grand trésor à un homme, que d’avoir eu des moments d’enfance heureuse. Si de plus, ces moments coïncident avec un moment où il a été chrétien, où il a été pur, alors il est sauvé. Il saura rebondir, c’est une des grandes forces du scoutisme.Plus tard, quand il sera homme, il s’en rappellera. Tous les anciens scouts peuvent témoigner de cette vérité parce qu’ils l’ont vécue ou le vivent encore  » a dit le Père.

Riaumont est donc né et les scouts ont toujours eu une place importante dans cette oeuvre car Riaumont est né du Père Sevin. Nous suivons sa direction et il est des fidélités qu’on n’a pas le droit de renier, un idéal de charité avec une vie en plein air, une vie saine.

En passant sous les tours d’entrée, vous avez pu remarquer la devise inscrite en lettre de sang : « Laissez venir à moi les petits enfants » : Cette maxime de l’Évangile a guidé ici, dans la zone des corons, des religieux qui ont sacrifié leur vie, par amour de Dieu, pour la jeunesse défavorisée.

Cette nouvelle communauté religieuse  » Sainte Croix de Riaumont  » a été reconnu comme un ordre scout par le Pape Jean-Paul II pour « le service de tous, avec une préférence pour les plus petits et les plus pauvres, dans la joie scoute et la paix bénédictine » .

Au Village de Riaumont comme on le disait à Chamarande « La loi scoute est la loi de ce Camp ». C’est que le scoutisme n’y est pas seulement vécu comme une extraordinaire méthode naturelle d’éducation, elle s’y épanouit comme une authentique spiritualité, qui a donc sa mystique.

La première pierre du village qui fut posée sur la colline, au centre du village, comme pour nous montrer la route, a été pour notre Seigneur, en 1960. C’est celle de la chapelle.
On peut la voir près de la porte d’entrée.La chapelle qui au fil des agrandissements a pris la forme d’une croix. Chapelle qui vit tant de grands événements allant des communions privés et solennelles, des confirmations par Monseigneur RUPP à la consécration au Sacré-Cœur après la victoire sur la tempête, aux nombreux baptêmes et mariages, aux promesses scoutes mais aussi au dernier au-revoir à nos frères et sœurs partis vers la dernière demeure. Le Père Revet avait toujours pensé être le premier mais c’est un scout de la troupe qui, en avril 1980, rejoignit le camp du repos et de la joie : Francis Isaac, C.P. du Lion.

La chapelle se construisit finalement de concert avec le foyer Godefroy de Bouillon. Construit « à la scout » de pierre et de bois, avec des granits (les fameux pavés du nord), des pierre bleues, et du grès d’Artois. On n’a pas fait appel à des entreprises pour ces constructions, mais avec l’aide de quelques maçons et menuisiers, ce sont les garçons eux-mêmes et les scouts qui s’associèrent au travail pour édifier leur village.

Et c’est un travail qui continue chaque jour. Des jours et des nuits à la lueur des projecteurs pour couler des chapes de béton, des milliers de brouette et des litres de sueur pour en arriver à ce que tu peux voir maintenant. « Tirer les enfants de la laideur par la beauté des bâtiments et des lieux » disait le Père Revet. Et puis un à un les bâtiments sont sortis de terre.

Le relais Saint Bernard qui deviendra la maison « Blanche neige » et dont Pierre Joubert dessina deux peintures sur la façade, maison qui à l’origine devait servir pour des groupes scouts de passage mais qui très vite deviendra la maison du Père avec ses mines de trésor qui font le bonheur des petits comme des grands.

Voici Beaumanoir, l’actuelle école, la ferme avec tous ses animaux, la basse cour et son seigneur Léon qui ne se lasse pas de faire la roue. La vie dans la nature, les animaux de la ferme, les camps (qui font partie intégrante du projet pédagogique et de l’année scolaire), et les activités de plein air sont là pour faire découvrir aux jeunes les trésors de la Création.

Puis l’enclos Saint Bernard et la salle d’honneur, les Cèdres (Beaudoin IV de Jérusalem) ensuite la grange , le local scout , le cloître, les tours d’entrée et enfin la tour saint Jean Baptiste , comme une lanterne symbolisant le sacrifice de tous nos frères scouts tombés sur tous les champs de bataille, répondant au phare de Notre-Dame de Lorette qui veille sur tous les morts de la première guerre mondiale.

Depuis trente ans, Riaumont a toujours connu des chantiers auxquels ont participé chaque fois les garçons. Et si Dieu lui prête vie, cela se poursuivra.

Mais sais-tu que le local scout actuel « Relais de la chance au Roy » (du nom du célèbre roman scout de Jean-Louis Foncine) n’a pas été à la place où il se trouve aujourd’hui ? Au tout début, ce fut le chalet de bois, réplique du chalet que le Père Revet avait à LENS et qui a brûlé entièrement, maintenant c’est le local des Spahis . Bien vite la troupe s’agrandissant le local devint trop petit elle déménagea dans Beaumanoir et enfin en juin 1980, le local dans lequel vous vous réunissez de nos jours. À chaque époque, les scouts sont venus passer des heures pour embellir leur local de troupe.

Nul n’est besoin de barrière à Riaumont, car on ne cache pas le beau. De style à la fois médiéval et bien moderne, on peut être surpris d’une telle oeuvre à notre siècle. Mais c’est le sens du beau rayonne dans l’harmonie du village qui éduque les jeunes mieux que par de grands discours.

La vie dans la nature, les animaux de la ferme , les camps (qui font partie intégrante du projet pédagogique et de l’année scolaire), et les activités de plein air sont là pour faire découvrir aux jeunes les trésors de la Création.

Pendant l’année scolaire, on y croise une foule d’enfants qui viennent y profiter d’un cadre unique en France : un village scout, avec son école , sa ferme , sa menuiserie , sa chapelle , son monastère , ses terrains de jeux, ses bibliothèques, ses allées et petites places.

Le scoutisme y est vécu au quotidien à travers les escouades (système des patrouilles) qui regroupent les enfants du foyer. Ce sont une trentaine de garçons qui y vivent en permanence et sont scolarisés dans de petites classes. Sur place l’école saint Jean Bosco prépare actuellement au Brevet des collèges et aux C.A.P/B.E.P. de menuiserie et de maçonnerie. Des centaines d’autres garçons et filles s’y ajoutent pour les catéchismes, les week-end ou les camps organisés par Riaumont.

Un petit village donc, qui rayonne au delà des frontières du Pas de Calais et de la France.
Avec votre aide, ce village peut encore s’embellir et poursuivre sa route scoute pour la plus grande joie du Père Sevin, de Monseigneur RUPP et du Père Revet qui du haut du ciel nous guident et nous protègent.

Que Notre Dame de Riaumont veille sur leur oeuvre à tout jamais !

Jalons d'histoire de l'Ordre Scout

pensé et voulu par le P. Jacques Sevin dès 1918, pour "sanctifier et maintenir".

 

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