Scoutisme et salut brandi ?

Les scouts de France, de Paris et banlieue défilant le Mai, au nombre de 700 environ, devant la statue de Jeanne d’Arc, ont salué la Sainte, les Petits Loups en levant le bras, les Scouts en brandissant leurs bâtons. Il paraît que ce geste a fait sensation. Tous les journaux sans exception depuis la Croix jusqu’à Bonsoir ont signalé avec des commentaires plus ou moins heureux ce salut que tous ont étiqueté  salut fasciste!
Qui fut bien surpris ? les Scouts de France. Leurs chemises kakis n’ont rien de commun avec les chemises noires.  Il y a trois ans que les Scouts de France ont adopté ce salut, qu’ils ont vu faire pour la première fois, je crois, en août 1920 par les Éclaireurs unionistes français défilant au Jamboree devant la tribune où se tenait Baden-Powell.
Si ce salut fait en brandissant les bâtons évoque un souvenir historique c’est celui des gladiateurs passant au pied de la loge de César Auguste. Le geste est loyal et beau. Il nous a plu, nous l’avons pris. À ce moment-là, il n’était pas question de fascisme ni de fasciste, et si quelqu’un a copié l’autre, c’est plutôt le fascisme qui a emprunté le salut des Scouts et non le contraire.
Rappelons, non pour nous-mêmes, mais pour le public, l’article 5 de nos statuts :
« 5. Politique. »
« a) La fédération ne se rattache à aucun parti ni à aucune conception politique. »
« b) Ses membres, de quelque grade qu’ils soient, doivent s’abstenir de paraître en uniforme à des réunions ou manifestations politiques. »
« c) Les discussions politiques sont interdites dans les réunions et les  camps. »
« d) Tout membre faisant dans la fédération de la propagande politique peut être déféré par le Commissaire de Province au Comité Directeur, qui prononce la radiation s’il y a lieu. »
Les scouts de France qui seuls (avec les Éclaireurs de France et les Éclaireurs Unionistes) de toutes les associations scoutes d’Europe n’ont pas adopté comme insigne la fleur de lis parce qu’elle a en notre pays une signification politique, n’auraient pas eu la naïveté d’adopter un salut qui risquerait de les faire prendre pour ce qu’ils ne sont pas. Nous saluons à la Scoute, cela nous suffit.

     Le Commissaire Général

Article du Père Sevin,  journal Le Chef n° 16-17  juin juillet 1923

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