Indianisme ou chevalerie

( Article du Père Sevin, Commissaire Général dans le Chef n° 4 , juin 1922 p. 56 à 60)

La direction du chef a reçu la lettre suivante, envoyée de Lille sous la voilette modeste de l’anonymat :

Frère Scout,
Tu demandes à tes lecteurs de te poser des questions. En voici deux :
1° Est-ce que l’Indien est le premier scout, et que par voie de conséquence les scouts doivent chercher à l’imiter le plus possible d’une façon habituelle?
2° Est-ce qu’au contraire, c’est notre chevalier des temps passés, un Bayard par exemple, qui est le type du vrai scout?
À mon avis, poser les questions, c’est les résoudre. Mais nos scouts ne connaissent pas le chevalier, tandis qu’ils peuvent se documenter au premier kiosque venu sur les peaux-rouges, qui, à moi, me semblent incarner l’esprit du parfait V. P. (malgré la contradiction dans les termes.) Et bien oui, nos boys ne voient plus dans le scoutisme que le côté indien, – qui est très chic d’ailleurs, et qui me passionne,- seulement, est-ce encore du scoutisme?
À ce propos, une troisième question :
3° Existe-t-il des histoires, romans de chevalerie qu’on puisse faire lire avec profit à nos scouts?
Si tu juges qu’il soit intéressant pour le mouvement de répondre aux deux premières questions, ça colle. La troisième en intéresserait d’autres que moi.
En te remerciant, je te serre la pince gauche.
Un . A. S. M.

Reponse

Frère Scout et cher A. S. M.
Au moins tu n’écris pas au « Chef » pour lui demander si le bout des jarretières vertes doit être couté rond, carré, en pointe, en sifflet, ou en triangle équilatéral! – Tu poses des questions intéressantes, car elles demandent des réponses de principe, et embarrassantes, car,  » on ne peut contenter tout le monde et ses frères. » Si je soutiens l’indianisme, nos preux chevaliers vont d’un geste dédaigneux, reléguer mes plumes d’aigle au fond des costumiers de mélodrame, et si je déclare que le Peau-Rougisme n’est pas le dernier mot du scoutisme et de la civilisation, je vois déjà les tomahawks s’abattre sur mon cuir chevelu, et comme il n’est plus très chevelu, mon affaire est claire : me voilà scalpé, avec sur mes deux joues, imprimées au fer rouge, les deux lettres fatales : V. P…
Et pourtant mon petit frère, je n’hésite pas une seconde, et héroïquement, je risque le scalp, et plus horrible encore, les initiales stigmatisantes, et je réponds carrément à ta première question : Non, l’Indien n’est pas le Premier Scout. Il ne l’est ni pour l’âme, ni pour le corps, ni par ses vertus morales, ni par ses qualités physiques.
Sans doute, depuis Fenimore Cooper et les écrits de Buffalo Bill, une certaine littérature de jeunesse nous a innondés de romans extrordinaires, peuplés d’Indiens noblement drapés et dressés devant le lecteur en poses héroïques, hommes de parole et de courage, stoïques dans les supplices, généreux au pardon, silencieux, prudents observateurs, etc. Cavaliers fantastiques, ils franchissent des précipices vertigineux, cueillent leurs ennemis au lasso, et par leur audace et leur sang-froid se tirent invariablement d’affaire dans les circonstances les plus difficiles…
Mais, cela, ce sont des Indiens de cinéma, des Peaux-Rouges à la Pierre Benoit, des héros de romans-feuilletons à 0 fr 95, majoration comprise! La vérité historique est tout autre. Il n’est que de lire les récits de nos explorateurs et de nos missionnaires du Canada pour se trouver en face de Peaux Rouges authentiques, chez qui s’étalent l’immoralité la plus inconsciente, et la goinfrerie, chez qui la perfidie et le férocité sont réputées vertus. Iroquois, Husons, Sioux, et autres, tous se valent ou à peu près, et je crois que dans l’ensemble ils auraient assez de mal à se poser en modèles de la Loi Scoute! Baden-Powell lui-même note ironiquement dans sa Gazette : « J’ai eu l’occasion de faire connaissance avec le peau-Rouge authentique : je ne l’ai pas vu tout à fait sous les couleurs dont l’histoire et le roman l’ont revêtu!  » Et Miss Barclay précise et renchérit : « J’ai eu beaucoup de plaisir en causant ces jours derniers avec un Scoutmestre qui a vécu avec de vrais Peaux-Rouges, qui est même chef honoraire de deux tribus, et qui me les a décrits comme des gens totalement dépourvus d’élévation morale et les plus fourbes qui soient au monde. »
Est-ce à dire que ces peuplades n’ait eu aucune vertus? Certainement non. Mais prenons bien garde à ce que j’appellerai « la thèse de l’Indien vertueux. » Elle nous vient du XVIIIè siècle, et Jean-jacques Rousseau nous l’a transmise avec la complicité de l’auteur d’Atala et des Natchez. Suivant cette thèse, l’homme bon, c’est celui qui vit selon la nature, sans être gâté par la civilisation, et l’on oppose – antithèse facile- des animaux superbes et des brutes sublimes à des civilisés pervertis. À se montrer sublimes d’ailleurs, ces brutes n’ont aucune difficulté : elles le sont naturellement, aucune aide de la grâce divine n’rest nécessaire pour les rendre telles, et pour tout dire, la vie surnaturelle n’existe pas. Double erreur, ici encore : erreur historique car les sauvages ne sont pas des primitifs mais des dégénérés, et erreur morale, car si les vertus naturelles existent, il est néanmoins certain que l’homme ne peut observer la loi morale sans la grâce. La philosophie qui, est au fond de l’Indianisme, c’est donc le naturalisme.
Quant à la religion soi-disant indienne, elle tient en deux mots : Totétisme et panthéisme : Totétisme : croyance que la tribu entière descend d’un animal-ancêtre dont elle doit reproduire les vertus ; Panthéisme : croyance vague à l’existence d’un Grand-Esprit, Guitchi Manitou. Enfin la vie future se passera en chasses fructueuses et en ripailles monumentales. Voilà tout le bagage moral que l’Indianisme peut nous fournir. Tu as raison de dire qu’il incarne l’esprit du parfait V. P. : Vulgarité et Platitude. Et l’on ne voit pas trop ce que l’esprit scout gagnerait à cette école.
Restent les aptitudes physiques des indiens. Ils sont experts, c’est entendu, en woodcraft, que notre ami Blanchard (E. D. F.) traduit si exactement par forestage, ou science des bois. Habiles à laisser ou relever des pistes, bons trappeurs, patients affûteurs, campeurs endurcis, ils sont vraiment les hommes du plein air. Soit. À ce point de vue certaines de leurs pratiques peuvent nous être utiles. Notons toutefois que pour trouver des maitres en l’art d’observer la nature de chez nous, nous n’avons pas besoin de franchir l’Atlantique et de remonter au temps de Jacques Cartier. Nos paysans sont observateurs,  nos gardes-chasses et nos gardes forestiers connaissent tous les bruits de la forêt et de la lande, et les moeurs de leurs habitants à deux ou quetre pattes n’ont pas de secrets pour eux. Qu’irions-nous chercher outre-mer que nous ne puissions trouver à domicile, en terre française?
Est-ce à dire qu’il faille proscrire tout Indianisme, et nous priver et priver nos garçons de cet exotisme et de ce pittoresque dont ils raffolent, et qui peut, entre les mains d’un chef habile, avoir son côté éducatif? Je ne serai point si janséniste, et je serai le premier à applaudir (pardon : à saluer de mes « Ah!ah!ah! ») une pantomine comme « Vengeance indienne » et à chanter « Kellé, kellé, Watch!) en souvenir de notre ami Big Hawk. L’Indianisme est un des moyens de satisfaire le goût, inné chez l’enfant, de l’extraordinaire, du romanesque, de l’invraisemblable. Il jouit de paraître pour queques instants autre qu’il n’est, d’re affublé d’un costume bariolé, et même, ô horreur ! De se barbouiller le visage. Tant que nous n’en faisons qu’un jeu, une distraction accidentelle, pourquoi n’en pas rire de bon cœur, On peut même y voir un moyen de guérior du respect humain, des adolescents déjà un peu snobs, en les encourageant à ces danses guerrières, en les forçant à accepter un surnom caractéristique tel que Escargot bavard ou Ouistiti moqueur. Tout cela est inoffensif, parfopis même utile. Mais de grâce, n’en faisons pas une religion, ne créons pas un rituel. Il n’est pas indispensable d' »ouvrir » les feux de camp par « Connais-tu le Totem… », ni de brandir un tison enflammé en aspergeant d’étincelles les quatre points cardinaux. Ne nous croyons pas déshonorés, ou pas Scouts, si nous n’avons pas de « totem » autre que le nom de notre Patrouille, et si nous répugnons à nous passer dans les cheveux les plumes de quelque vieux coq. Comme tu le dis très bien, Assistant, mon frère, « l’indianisme est très chic et me passionne, mais est-ce encore du scoutisme? » Non, l’Indianisme n’est pas plus le Scoutisme que l’Indien n’est le premier Scout. Laissons-le à son rang, le rang d’un accessoire amusant, passionnant même quelquefois, mais jamais essentiel et toujours facultatif. Sinon nous risquerions d’intervertir l’ordre des valeurs, de désaxer notre scoutisme, et de faire croireaux enfants que être un parfait indien est queque chose de plus haut, de plus noble, de plus magnifique que d’être un parfait Scout, un vrai Scout de France.
Ce que j’en dis d’ailleurs n’est pas pour réagir ou pour protester contre un penchantexagéré qui existerait chez nous : je ne crois pas que dans l’ensemble nos troupes versent dans ce travers et accordent au Peau-Rougisme plus d’importance qu’il ne sied.
J’ajoute que s’il y a des Scouts qui peuvent se payer quelques fantaisies en ce genre, avec le minimum d’inconvénients, c’est précisément nous, les Scouts de France, parce que nous avons dans notre vie spirituelle, toute fondée sur une piété liturgique et dogmatique, toute alimentée par les Sacrements, le contrepoids nécessaire. Nos garçons sont trop instruits de leur religion pour prendre l’Indianisme au sérieux, et d’avoir fumé le calumet de la paix au feu de camp ne les empêchera pas de chanter avec toute leur ferveur de scouts catholiques, « Notre-Dame des Éclaireurs » ou le « Cantique des patrouilles ».

II

« Est-ce qu’au contraire, c’est notre chevalirer des temps modernes, un Bayard par exemple, qui est le type du vrai Scout? »
La réponse à la seconde question exige moins de nuances, et de « distinguo » plus ou moins subtils. Tu n’as qu’à prendre Baden-Powell, Éclaireurs, chapitre 7 ( Bivouac
et suivants) intitulé l’Esprit de Chevalerie.  « Une  des ambitions du Scoutisme, dit B. P., est de faire revivre parmi nous quelques unes des règles auxquelles obéissaient les chevaliers de jadis… Vous donc, chefs de patrouille et Scouts, vous ressemblez de très près aux chevaliers et à leurs suivants. » Et après avoir cité le Code des premiers chevaliers anglais, il ajoute :  » les lois des Scouts d’aujourd’hui en dérivent. »
C’est donc très clair, et plus clair encoreour nous, Scouts de France, qui avons voulu préciser notre attitude morale en insérant dans notre Loi Scoute ce mot que nous sommes seuls à y avoir inscrit :  » Le scout est courtois et chevaleresque. »Si la place ne m’était pas mesurée, je te citerais ici le code des chevaliers tel que le donne Léon Gautier  dans son
ouvrage classique sur la chavalerie, et les conseils d’adieu que Bayard enfant reçut de sa mère ; tu y trouverais mot pour mot notre loi scoute. Au moral donc, il n’y a, il ne doit y avoir aucune différence entre une âme de scout et une âme de chevalier.
Ajoutons que la chevalerie, institution d’origine militaire, n’atteignit son apogée et son maximum de rendement  moral que lorsque l’église l’eût pleinement adoptée et sanctifiée. Nul n’était adoubé sans promettre expressement de la servir et protéger :
Chevaliers estes : Notre sire vous fit
Et commanda et de bouche vous dit
De Sainte église sauver et garantir. (chanson de geste)
Ici encore les Scouts de france, qui s’engagent à  » servir l’Eglise », serrent de plus près  la véritable tradition. N’ayant pas fait de coupures et de réserves dans cet héritage, nous pouvons dire, nous, » Tout ce qui est chevaleresque est notre », et reprendre la formule admirable de notre premier Chef Scout, le général de Maud’huy :  » Le Scoutisme, c’est la chevalerie mise à la portée de tout monde. »
Cependant, une restriction est à faire. Si l’âme de la chevalerie revit dans le scoutisme catholique, peut-on soutenir que les pratiques de notre vie de campeurs rustiques, tout ce qui constitue la trame de nos journées scoutes, connaissance de la nature, forestage, secourisme, orientation, nous viennent des preux d’autrefois, et qu’ils soient nos modèles? M’est avis qu’ils n’en avaient que médiocre souci, et leur métier était de guerre.
Donc, si l’indien n’est ni historiquemen, t ni moralement le premier Scout, en revanche, le chevalier n’est pas le scout complet, car ce que j’appellerai  » le corps » du scoutisme lui est étranger ou indifférent, bien que les gens malins puissent soutenir que les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem eussent certainement mérité nos badges de secouriste et d’infirmier ! Ces pratiques matérielles sont empruntées sans doute pour une bonne part à la vie des peuplades dites primitives mais plus encore à celles des gens civilisés forcés de vivre dans le pays de ces peuplades : on me fera difficilement croire qu’un Européen après quelques années de vie au milieu d’Indiens ou de Zoulous, leur demeure inférieur, même au point de vue matériel, du fait de sa vivilisation. Le modèle du scout en ce sens, c’est le colonial, l’explorateur, le missionnaire : un Père de Foucauld, par exemple, pour ne citer qu’un nom récent et retentissant.
Seulement, voilà, ces modèles sont bien proches de nous. Et l’imagination de nos garçons exige le recul des siècles ou celui des degrés de longitude ! Ils aimeront toujours à s’évader, ne serit-ce qu’une heure de leur temps et de leur pays. Mais ne pouvons-nous les satisfaire sans courir jusqu’aux rives du Yukon et du saint Laurent? N’avons-nous pas dans nos vieilles traditions gauloises et franques, assez de légendes merveilleuses, assez d’usages pittoresques qui se prêtent à la dramatisation d’un feu de camp : procession des druides, récolte du gui sacré, chant des bardes, élévation sur le pavois, rondes des Korrigans Bretons, Gaulois et Francs, eux aussi habitaient les forêts, campaient autour des feux, suivaient les pistes et traquaient les fauves. Mais ces forêts étaient la France, et ces hommes sont de chez nous !
Et si nous voulons à tout prix de l’exotique, pourquoi ne pas l’aller prendre dans notre empire colonial, en Algérie, au maroc, à madagascar, en Indo-Chine?Les lettres et les annales de nos missions abondent en récits palpitants, modèles tout trouvés de pantomines héroïques, en détails curieux, qu’il n’est que de faire revivre. En vérité, comme toujours les Français ignorent leurs richesses.
Qu’en penses-tu, Assistant mon frère ?
M’est avis qu’il y a là une veine à exploiter. Essaie donc : je ne crois pas que tu le regrettes.
Donc, pour me résumer et conclure :
Ce qui fait le scout, c’est avant tout, l’âme. En ce sens donc, le chevalier et non l’Indien est le premier scout. Mais le chevalier du Moyen-âge n’est pas le Scout complet. L’institution du Scoutisme marque une évolution, ou une renaissance adaptée de l’idéal chevaleresque d’autrefois. Après les chevaliers Errants, après les frères Hospitaliers, voici que surgissent, unissant à une noblesse morale qui est de tous les siècles, les capacités techniques, le savoir- faire, l’esprit d’entreprise du colonial et de l’explorateur moderne, toute une classe de jeunes gens, âmes nouvelles que seul un mot nouveau peut définir, et qui sont les chevaliiers scouts.

Pratiquement ?

Pratiquement, si l’Indianisme amuse tes gosses, laisse-les faire, avec mesure. Que cela reste un jeu, un brin de folie qu’on se permet de temps à autre, même entre gens raisonnables. Mais n’en fais pas une institution, ni une initiation, ne le prends pas au sérieux. Tu n’es pas chef pour former des pseudo-sauvages, mais des chevaliers.
Il est vrai que c’est moins facile. Tu signales fort justement un des obstacles :
« nos scouts ne connaissent pas le chevalier, tandis qu’ils peuvent se documenter au premier kiosque venu, sur les Peaux-Rouges. » C’est malheureusement fort exact et j’essaierai de te dresser dans un des prochains numéro du Chef, une liste d’ouvrages de chevalerie comme tu m’en demandes par ta troisième question.
Une autre difficulté, connexe à la première, c’est qu’aux enfants du peuple, (l’immense majorité de nos scouts, grâce à dieu), l’idéal chevaleresque, le mot même de chevalier, ne dit absolument rien. C’erst un mot vide de contenu. Pour le remplir, il faut des années de culture littéraire et historique, il faut l’atmosphère d’un foyer chrétien, il faut même n’etre pas le prisonnier de cet apriorisme politique en vertu duquel toute institution antérieure à  1789 n’évoque que des idées odieuses et que la légende de l’oppression perpétuelle et universelle du peuple par le seigneur. Il faudra du temps, car c’est toute une éducation à faire, pour que tes apprentis ou tes fils de mécaniciens, voient dans le chevalier l’idéal de vie morale  auquel on peut tendre, même dans une démocratie.
Enfin, c’est aussi une question d’age. Baden-Powell, qui est un fin psychologue, n’a pas eu tort de proposer aux petits garçons de 8 à 10 ans de jouer aux louvetaux. À cet age, où ils ne sont physiquement guère plus que des petits animaux, c’est imiter l’animal- n’importe quel animal – qui les passionne. De trize à quize ans, à peu près, leur héros sera facilement le Peau-Rouge. Ils ont assez d’imagination pour apprécier le romanesque de l’Indianisme, et pas assez de retour sur eux-mêmes ou de respect humain, pour en redouter le ridicule. Mais ce n’est guère, en règle générale, que lorsqu’il est dans toute la fleur de ses seize ou dix-sept ans que le grand adolescent tout bouillant de sève généreuse et capable de comprendre vraiment la chevalerie et de s’en éprendre efficacement.
Donc, aie du tact, et sache attendre l’heure. Surtout, ne t’imagine pas que tes lycéens ou tes collègiens pas plus que ta graine de faubourg, tu vas les transformer en chavaliers en leur répétant :  » soyez des chevaliers… Vous etes des chevaliers modernes.. croisade… idéal… promesses de vos aieux. » À la première fois, ils ouvriront des yeux ronds comme leurs quarts : à la seconde, ils diront : rasant ! À la troisième : la ferme! – Et, courtoisie à part, tu ne l’auras pas volé. On ne fait pas des chevaliers en prêchant la chevalerie, pas plus qu’on ne fait des Scouts en rabachant la loi Scoute ! C’est le bon moyen de faire prendre l’une et l’autre en dérision ou en grippe. Mais, apprends- leur les noeuds, emballe-les pour le scoutisme, forme-les à la vie des vrais campeurs, dresse-les sans en avoir l’air à accomplir des Bonnes Actions un peu plus dure que de ramasser les pelures d’orange, et puis, sois toi-même le type le plus épatant de la troupe, et tu verras qu’avant deux ans : primo, ils seront fous de toi ( et ce sera ta récompense) secundo, ils seront devenus sans le savoir des garçons réfractaires au mensonge et à toute malpropreté morale, mais tout à fait capables au contraire de risquer très chevaleresquement leur peau lorsque dieu leur offrira la chance d’un sauvetage à accomplir. Et peu me chaut, alors qu’ils n’aient jamais ouï parler de Bayard et de Duguesclin s’ils ont hérité de leur âme, s’ils sont comme le bon chevalier  » sans peur et sans reproche » et comme messire Bertrand le Connétable,  » fleur de chevalerie « .

    Fraternelle poignée de main gauche.

 C. G. »

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