Pierre Joubert, in memoriam

Il fut une époque où Pierre Joubert venait souvent à Riaumont. Il y venait par amitié pour le Père Revet, mais aussi pour y trouver l’inspiration. C’est ainsi qu’il fera le dessin de ce petit garçon buvant à la source, ou encore le garçon sac au dos qui regarde vers l’horizon.  » Si la route te manque, fais-la  » dit le texte du Départ Routier.

Comme il avait dessiné pour le journal « Scout « , ou pour illustrer les romans du « Signe de Piste « , Pierre Joubert dessinera pour représenter le scoutisme de Riaumont et l’apostolat de notre œuvre. Il fera de nombreux dessins pour illustrer le papier de correspondance du Village et quelques cartes postales. À trois reprises il composa le plan du Village, l’immergeant au milieu de la forêt atrébate dans le style enchanteur qui était une de ses spécialités. Combien de fois nous a-t-il fait rêver en nous introduisant dans un royaume où les trois vertus de Franchise, de Dévouement et de Pureté claquaient en plein vent comme des étendards ? Pierre Joubert savait que Riaumont alliait vie monastique, scoutisme et chevalerie et c’est ainsi qu’il entreprit un de ces fabuleux tableaux où le passé rejoint le présent et se projette dans le futur : On y voit Bernard de Fontaine, le futur saint Bernard, se présenter au Père Abbé de Cîteaux, saint Étienne Harding. Il est avec son oncle chevalier et cette scène est regardée par trois garçons : un scout de Riaumont au foulard sang, un garçon de Riaumont en tenue de camp et un garçon qui vient d’arriver. Ce tableau préfigure toute l’œuvre de Riaumont… les religieux à la bure kaki couleur du sable et de la piste s’occupant des scouts et de l’enfance en danger.

Le décor était planté, alors Pierre Joubert donna le meilleur de lui-même pour embellir, décorer, transfigurer ce qui devint la « Citadelle de l’Espérance « . Ce fut un véritable festival d’œuvres diverses qui traduisaient toutes l’idéal scout et l’amour de la France.On peut dire que Riaumont a inspiré Pierre Joubert : pour le réfectoire et la grande salle de jeux de Godefroy de Bouillon où l’on pouvait faire le tour de la cheminée, il a imaginé douze jeunes cavaliers qui se poursuivent en une immense cavalcade. Chaque cavalier représente une époque de l’Histoire de France. Sur plus de dix mètres de long, la fresque nous relie à tous ceux qui chevauchaient par amour de leur patrie.

De chaque côté de la « maison de  Blanche Neige « , deux peintures murales : l’apparition de la croix entre les bois du cerf à saint Hubert, puis des scouts apprenant à tirer à l’arc sous la conduite d’un archer du roi. Cette maison, appelée aussi « le Relais saint Bernard « , servait à accueillir des scouts allemands, anglais et surtout les réfugiés asiatiques, Cambodgiens, Mhong, Laotiens. C’est à l’intérieur que l’on trouve le fameux tableau des « mousquetaires du Roi « . En effet, comme Riaumont avait une plaque d’âtre de l’hôtel des mousquetaires du Roi à Paris, le Père Revet voulut faire représenter une scène de mousquetaires à Pierre Joubert. Pour cela, il vint à Riaumont dessiner la plaque d’âtre. Il n’était pas rare également de le voir assis sur un petit mur du village faisant un croquis.

Dans la salle d’honneur, on peut voir le très beau tableau de « la messe vendéenne dans les bois « . Cette œuvre fut réalisée en souvenir de nos nombreux camps en Vendée, essentiellement au Parc Soubise. Puis Joubert a fait « le départ du Chouan et l’imposition du Sacré Cœur « . Ce dessin d’une pureté extraordinaire évoque le drame de la révolution mais aussi tous nos camps en forêt de Pontcalleck.

Plusieurs dessins originaux nous sont parvenus par les archives de Paul COZE, un des entraîneurs de saint Honoré d’Eylau avec le chanoine Cornette puis assistant du RP. Sevin à Chamarande. Ces archives furent proposées, il y a 25 ans, au QG des Scouts de France qui n’en a pas voulu, et Riaumont a hérité de maquettes qui servaient à l’illustration de la revue « Scout « . Nous avons pu avoir ainsi les premiers dessins de Paul Coze. Celui-ci aimait particulièrement les Indiens.

En montant dans les chambres des garçons, on peut voir plusieurs tableaux de Joubert sur ce thème dont « les indiens qui descendent en canoë dans les gorges « . Ce tableau fut fait spécialement pour le Village de Riaumont. Le Père Revet avait demandé aussi à Pierre Joubert de faire un chevalier et sa patrouille : le jeune chevalier fut baptisé aussitôt Baudouin IV de Jérusalem, le roi lépreux rappelé à Dieu dans sa jeunesse.

De nombreux originaux de Joubert sont arrivés à Riaumont. Nous avons eu ainsi  » les adolescents à travers les âges  » Ces gouaches superbes décoraient les salles de réunion et les classes d’une école, dont le directeur avait passé commande de ces dessins à P. Joubert.
Plusieurs expositions des œuvres originales de Pierre Joubert se sont déjà déroulées à Riaumont dans le cadre des Feux de la saint Jean.
Riaumont est décoré des « scènes d’histoire de France  » aux éditions Rossignols et de nombreuses gravures éditées par ELOR Diffusion à St Vincent / Oust. Nous avons illustré une exposition d’archéologie avec des originaux de Joubert. La salle bretonne, la salle Ste Jeanne d’Arc qui est le réfectoire des enfants, la salle Yannick Pierret sont toutes décorées avec des dessins de Pierre Joubert. Il a aussi fait la couverture du livre « Riaumont, Citadelle de l’Espérance  » sur le Père Revet écrit par Rémi Fontaine et illustré par Louis Fontaine.

Alors que ce grand dessinateur avait bien du mal à voir, il fit encore pour Riaumont, à la demande de Gérard Letailleur, « le scout à la hache ». Ce dessin fut reproduit en sculpture par M. Étienne Sellier qui travaillait à ce moment-là sur la statue de saint Michel Archange. Pierre Joubert signera cette sculpture remarquable qui fut reproduite à huit exemplaires numérotés par un fondeur de talent. Ce fut son dernier geste pour Riaumont, comme une apothéose ! Je revois son sourire. Il a seulement dit :  » Il a la tête un peu rentrée.  » Mais le scoutisme a été tellement attaqué et Riaumont a pris tellement de coups, n’est-ce pas normal que ce petit scout rentre légèrement la tête ? Je me souviens encore de nos virées avec le Père Revet route des gardes à Meudon, de la maison mystérieuse complètement recouverte de vigne vierge où il faisait bon parler. Il y avait toujours le même accueil simple et royal … cet accueil caractéristique du scoutisme. Toutes les générations de scouts, lorsqu’elles se rencontrent, ont ce style simple et fraternel.

Oui Pierre Joubert a participé à l’épopée de Riaumont… Au-delà des polémiques, il fut l’ami fidèle et son amitié pour Riaumont et le Père Revet a traversé les tempêtes. Si vous venez à Riaumont, vous y verrez partout Pierre Joubert, il fut l’illustrateur de nos aventures. Avec Jean-Louis Foncine et Serge Dalens, nous avions besoin de ces trois mousquetaires pour aller de l’avant.

Que notre prière soit fervente pour Pierre Joubert. C’est le Révérend Père Hervé Tabourin qui nous représentait lors des obsèques à l’île de Ré. À Madame Joubert, à ses enfants, à sa famille et à tous ses amis, nous voulons redire toute notre amitié. Pierre Joubert est rentré à la maison du Père  » comme un Scout après les vacances s’en retourne à la maison …  »

Révérend Père Jean-Paul Argouarc’H
article paru en 2002 dans notre lettre aux amis, Citadelle de l’Espérance

voir aussi les tirages de posters vendus par la Porterie à Riaumont

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