Les camps de Route

Est-il besoin de rappeler que la vie en plein air est un des fondements du scoutisme ? La Route étant la pratique exacerbée du scoutisme, il faut réprouver toute activité de clan s’apparentant à un cercle d’étude casanier.

Pendant l’année, l’essentiel des activités se déroule en équipe afin de souder les effectifs et permettre à chacun de donner toute sa mesure. L’équipe aura choisi un nom de personnage exemplaire (Saint, héros catholique,…) qui servira de référence. Il est également souhaitable de créer un blason pour l’équipe, qu’on appose au local ou sur son sac à dos (modèle en tissu) .

Chaque période de vacances scolaires doit comporter un camp de 4 à 6 jours, toujours itinérant :  » Souviens-toi que nous n’avons pas de demeure permanente sur terre ». Cela ne s’improvise pas : conserver une âme de campeur est un préalable qu’il convient de soutenir par une préparation détaillée de l’itinéraire, de l’histoire et de la géographie du secteur traversé, des topos qui émailleront la marche. Le succès final en dépend.

La marche est la composante fondamentale. On marche beaucoup à la Route, il ne faut pas se payer de mots. Il y a mille façons et lieux pour marcher car c’est par les pieds que tout rentre !

Quelques week-ends d’entreprise (service de Clan ou d’équipe) viennent s’ajouter aux différents petits camps de l’année scolaire. L’apogée réside bien entendu dans le camp d’été.

Celui-ci doit s’étaler au minimum sur deux semaines. Ce n’est qu’au bout d’une semaine de marche que la réalité des tempéraments se fait jour…

On choisit si possible des lieux méconnus et grandioses pour marquer les esprits. Les souvenirs de Route sont destinés à imprégner le reste de l’existence. La montagne est très recommandée tant elle est propice à la contemplation de la Création et au dépassement de soi.

De temps en temps, un camp à l’étranger peut stimuler les troupes, force à l’adaptation, et améliore la culture générale s’il est bien préparé.

C’est le moment où l’on accueille volontiers des routiers qui ne possèdent pas de clan ou qui ne peuvent camper à la période définie par leur propre unité.

L’alpinisme, le canoë, le vélo, le parachutisme, le pilotage,… sont de bons agréments à condition qu’ils ne deviennent pas exclusifs et qu’ils s’effectuent dans un strict contexte de tenue morale et de spiritualité scoute. Ce sont des moyens, non des buts. Point besoin d’être routier pour faire du rafting ou du ski. Au risque d’être redondant, nous disons que la marche est le ferment du camp routier.

La Route…, le mot est très concret. On peut marcher en équipe, en clan, en silence, en file indienne, de nuit, en relais, avec un ou deux sacs pour s’habituer à tous les impondérables, à l’azimut, en courant, sans carte, les yeux fermés, en sautant un repas, en balisant son chemin, en mesurant son pas, en portant un brancard ou un routier sur le dos, par deux ou dix, au pas, en chantant, en priant, en mangeant sans s’arrêter, … et de tant d’autres manière que nous vous laissons découvrir.

Chacun peut y exprimer ses qualités. Et c’est surtout pendant ces heures de chaleur ou pluie ruisselante que l’on apprend à dominer le vieil homme qui somnole en nous, à mesurer la juste valeur des choses, et à forger sa maîtrise de soi  » malgré fatigues et contradictions ».

Le bon routier n’est pas celui qui arrive le premier à l’étape – halte aux recherches de records qui tuent ! – mais bel et bien celui qui garde le sourire en dépit de ses crampes et qui aide à finir la cuisine malgré ses ampoules.

Les veillées, même brèves, doivent être maintenues : quelques chants, plusieurs lectures, des discussions amicales sur un thème, le tout clôturé par une prière sincère, réfléchie. Le feu, comme la tente, rappellent aux routiers leurs fondements scouts. Il faut éviter les bivouacs sauvages dans un hangar ou les couchages rapides de brutes assommées par la fatigue. Le camp est une ascèse et une école d’hommes qui mérite bien son nom de « retraite à ciel ouvert ».

Le camp Route aurait pu simplement être l’art de bien camper entre amis. C’est toujours mieux que d’être un groupe de « tchatcheurs de salon », la pipe aux dents. Mais c’est bien plus que cela.

Les conversations à bâtons rompus tout au long des chemins, sont sincères et décapantes. Les confessions auprès de l’aumônier qui souffre en même temps sont particulièrement profitables. On n’est plus le même après un camp Route.

Le C. C., l’Au, les R-S de passage, présentent des topos de tous ordres : historique, politique, religieux, artistique, sportif, littéraire… on se cultive au camp ! Le but de la Route n’est-il pas de former un homme complet ?

Suivant cet objectif se pratiquent en marchant (sauf le dimanche si possible) les  » épreuves  » du parcours routier, s’inspirant des critères du Départ. Elles doivent donner – toujours dans l’optique de former pleinement le futur adulte – le goût de la curiosité, du travail, un esprit critique, une culture générale et un sens aigü de l’observation.

Ainsi peut on vivre les tests du savoir vivre (oui !), d’expression orale, de self défense, d’observation visuelle et sonore, de doctrine, de test campisme, de survie, de mécanique, d’acolyte, etc…

Le jamboree de Moisson en 1947 avait mis en valeur l’excellence de la formation des routiers. Tous les postes techniques étaient tenus par des C. R. et des R-S aux compétences reconnues.

Voilà pour le côté didactique et ludique des choses. Mais le routier, pendant ses camps, offre ses souffrances, oeuvre pour la communion des Saints, se recueille sobrement sous les étoiles, retrouve certains rythmes vitaux que la vie citadine a étouffés. C’est dans ces moments que le routier recharge ses batteries, aux côtés de ses pairs et face à Dieu. Nous disons « face à Dieu » car souvent dans le silence de la marche solitaire (personne ne marchant au même rythme), on l’entend. Combien de vocations religieuses et familiales se sont dessinées dans ces instants ?

L’âge routier est celui où l’homme révise ses acquisitions religieuses, en fait une synthèse où l’essentiel doit émerger de tout l’accessoire qui trop souvent le recouvre. Le camp Route est un formidable moment pour cette réflexion.

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