Travail et Art du Mestre de Camp

Note d’orientation pour les C.E.P. de la Branche ÉCLAIREUR

Préface

Les pages qui suivent sont destinées aux Mestres de camp de C.E.P. de la branche éclaireur. Elles ne constituent ni un « manuel officiel », ni un recueil de recettes pour épargner aux maîtrises tout travail de réflexion et d’adaptation Elles sont plus une orientation de pensée et des directives générales d’action, car elles reflètent les résultats d’expériences multiples et différentes menées depuis deux ans par le C.N. et son équipe aux quatre coins de France.
A la lumière de ces notes la maîtrise d’un C.E.P. devra établir non seulement le plan du camp mais envisager également l’entraînement des chefs d’une manière plus générale et dans le même esprit.
L’essentiel est d’abord de bien saisir la synthèse de ces pages et de ne pas se laisser arrêter par des détails d’application qui doivent être commandés par le sens du réel et le bon sens et qui sont plus à inventer qu’à copier servilement.
Cette adaptation, ce jaillissement viendra de lui-même, si à la base il y a une pensée fortement mûrie, une conviction intérieure, une foi profonde. De là aussi naîtra l’enthousiasme et le dynamisme qui conduisent à la persuasion et au succès. Dans ses dialogues sur le commandement, André Maurois dit « qu’un peu d’intelligence employée par un cœur passionné ira plus loin qu’un beau génie au service d’une âme froide ».
On reproche à beaucoup de chefs leur passivité, c’est surtout qu’ils ont besoin de grandeur et de larges horizons et qu’ils ne trouvent trop souvent autour d’eux que scepticisme et mesquinerie, il est normal qu’ils étouffent dans cette ambiance. Vous avez à les en délivrer , à les libérer. La jeunesse est faite pour l’héroïsme et la sainteté. Nous savons tous par expérience personnelle que pour  » marcher  » convenablement, nous avons besoin d’être acculé à l’héroïsme. La loi y conduit en insérant la charité au cœur même des plus humbles réalités de la vie quotidienne. El là est la plus grande joie.
Que l’atmosphère et le style de vos camps y conduisent. Apporter beaucoup de soins au choix du lieu de camp, aux veillées, à la liturgie, à l’envoi des couleurs.
Mai c’est surtout l’exemple personnel de la maîtrise qui est contagieuse et efficace . Que l’idéal que vous proposez soit d’abord incarné, vivant en vous. Qu’à votre contact, les garçons se sentent le besoin de grandir, de se dépasser, de se donner. Il y a en eux toutes ces virtualités, il vous appartient de les éveiller et de les nourrir. Le chef est un éveilleur d’âmes.
Le secret pour y atteindre est d’avoir la source de votre âme dans le cœur de vos garçons. L’unique question est de sortir de soi.
Et de plus en plus, je pense que nous possédons que ce que nous avons donné.
Bonne route !

Georges Gauthier Qui était George Gauthier ?

Qui était George Gauthier ?
Surnom scout : Geo Gauthier (on prononçait « Jo »)
Commissaire Général des SDF de 1946 à 1953, Chevalier de la Légion d’honneur.
Né en Lorraine en 1905 ; décédé à Paris le 21 janvier 1990.
(voir Extraits de la petite encyclopédie, La Mémoire du Scoutisme, par Louis Fontaine)

Un camp école est d’abord un camp scout

Les camps, dits écoles, ont connu chez les scouts de France des formes variées et c’est en général ce qui a fait leur richesse et leur adaptation excellente.  » nous ne sommes pas attachés aux détails, dit B.P., chaque chef interprétera…  »
Aucun manuel de C. E. P., édité avec un millésime n’a l’ambition de formuler pour tous et pour toujours. Son objet est immédiat. La situation actuelle du mouvement, son orientation, les expériences récentes lui confèrent la valeur d’une direction à rendement instantané, mais limité. Ce fait même engage les usagers à en approfondir sérieusement le sens et à s’y conformer avec une fidélité rigoureuse.
Nous avons pour but immédiat de développer la personnalité de ceux qui viennent à nous pour être chefs et aussi de les sélectionner. En analysant ces deux objectifs, nous donnerons des exemples de moyens propres à les réaliser. Nous nous sommes volontairement limités à l ‘essentiel . C’est également ce que vous aurez à faire.
Par ailleurs, dans la mesure où ces notes s’attachent à exposer les principes de l’éducation scoute plutôt que les applications, il ne vous lie nullement aux formes proposées.
Persuadés qu’il n’y a pas deux scoutismes, celui des garçons qu’ils vivent pour eux mêmes, et celui des chefs dont ils se servent pour les autres, nous nous efforcerons de faire découvrir aux assistants qu’ils doivent vivre leur scoutisme . Notre rôle est de leur montrer comment cette vie répond aux besoins du garçon et quelle solide antithèse elle oppose à l’incohérence du monde moderne.
Il faut aimer le scoutisme pour être chef . On ne distribue pas une pédagogie, mais son cœur.
 » Celui qui donne son argent s’appauvrit, celui qui donne son cœur s’enrichit  »
Le C. E. P. sera un enrichissement personnel pour le chef : amour de la nature, des choses simples, de la vie commune, du service, de la loi….Un amour si grand qu’on ait besoin de le donner.
C. N. E.

Buts et méthodes

 » Le propre du sage , dit Saint Thomas, est de connaître et réaliser l’ordre. Et c’est la fin qui détermine l’ordre  »
Les C. E. P. répondent à des besoins multiples. Nous n’étudierons que les plus importants :

  • La sélection des assistants,
  • Le développement de leur personnalité,
  • L’initiation à la méthode
  • L’orientation vers les camps nationaux.

Ces buts conditionnent le progrès de la branche éclaireur, nous les étudierons en particulier.

Sélection des Assistants

Si nous souhaitons que le scoutisme se développe jusqu’à décupler ses effectifs, nous désirons qu’il ne le fasse que par rayonnement de sa qualité.
Il est grave de confier les responsabilités à des garçons qui n’ont qu’une bonne volonté probable. L’assiduité et la générosité qui leur sont demandées représentent un fardeau qui risque de les écraser au lieu de les stimuler.
Il convient que pour éviter les erreurs les plus lourdes, nous puissions sélectionner les candidats chefs . Ceci peut paraître un paradoxe au moment où nous avons toutes les peines du monde à encadrer nos unités.
Cependant, il serait injuste de prôner une sévérité excessive. Le progrès auquel nous tendons par la qualité doit nous maintenir à égale distance entre une férocité exagérée et une bonhomie excessive. Nous ne demanderons pas aux jeunes assistants qui nous sont confiés d’être des hommes parfaits et des mestres accomplis. Nous chercherons avant tout à savoir s’ils ont du caractère, c’est à dire une personnalité naissante, un désir apostolique solide c’est à dire basé sur une vie chrétienne réelle, mais en sachant pertinemment qu’ils ont 18 ans et qu’ils n’ont que 18 ans.
Ce choix nous sera dicté par les buts à atteindre . Nous confions aux chefs les âmes de garçons, il faut qu’ils soient capables de leur inspirer un idéal.
Sans prétendre préciser des critères, donnons quelques exemples de conditions .
a/ – Volontariat
C’est le désir affirmé et renouvelé d’être chef de garçons . On peut difficilement laisser désigner par le clan ou le chef de groupe les jeunes routiers qui  » assumeront le service de la branche éclaireur « . Il y a un minimum de passion indispensable.
Remarquons toutefois que l’intention d’être chef ne s’accompagne pas nécessairement et ipso facto d’une inscription au C. E. P. Ayons l’humilité d’accepter cette nuance et rendons le C. E. P. désirable.
L’attachement à leur unité, leurs ambitions de conquête, la part qu’ils font au scoutisme dans leurs études, leurs plaisirs, vous permettront d’apprécier les jeune chefs.
Il va sans dire que vous n’êtes pas seulement des juges mais des enrôleurs . On trouve souvent les volontaires que l’on mérite.
Votre jugement n’aura de valeur que dans la mesure où vous aurez mis les candidats en conditions pour répondre, et vous n’avez le droit de les critiquer que si vous avez su établir dans le camp une haute ambiance spirituelle.
Ils arrivent avec leur bonne volonté. Votre savoir – faire peut la transformer en volonté.
b/ – Age
C’est d’âge mental qu’il s’agit. Le métier, la dernière année de collège, la Route correspondent souvent à une rupture dans la vie de l’adolescent. Prendre des chefs avant risquerait de leur faire franchir dans l’inconscience une étape salutaire.
Jusqu’alors l’enfant n’avait eu que des personnalités hésitantes, maintenant la sienne propre a tendance à se préciser. Nouvelle naissance dont il est à la fois le témoin et l’acteur. La route est là pour l’aider, dans le choix d’un idéal de vie, dans la détermination de sa foi religieuse.
La route permet l’adaptation de sa morale d’enfant, à une spiritualité d’homme. Elle le confronte avec la vie, pour éviter que ses idées deviennent abstraction. Elle fait naître un nouveau rêve de grandeur dans le monde où il fera sa vie cette fois. Elle lui montre qu’il la fera lui même.
Sa foi deviendra personnelle, reconstituée par sa réflexion personnelle et l’élan renouvelé de sa générosité.
Les activités du clan sont particulièrement adaptées à cette phase de décrochage et sans prolonger la fiction, facilitent au contraire un départ dans des conditions toutes nouvelles. Après quoi, le jeune homme peut  » se donner  » il a un capital.
La vie du camp, les activités, les jeux, les responsabilités vous livreront une idée de la maturité de vos sujets, idée qu’il sera bon de tempérer en étudiant leurs notes, car certains, les timides, n’aiment pas être regardés et donnent souvent une faible image de leur valeur.
Envoyer quelqu’un au C.E.P. sans notes sérieuses, c’est compliquer la tâche du mestre de camp, surtout en ce domaine de la maturité. Il devra extrapoler une appréciation, ce qui n’est pas sans danger à cet âge où toutes les évolutions sont encore possibles.
c/ – Caractère
C’est une manifestation permanente d’esprit scout, de dévouement, de dynamisme, de sens religieux. Vous cherchez des chefs pour des garçons que vous connaissez bien . Vous devez trouver chez vos candidats une qualité positive, une  » possibilité  » réelle de rayonnement, et pas seulement de la bonne volonté moyenne.
Les conclusions de vos observations, corroborées par les notes récentes des élèves doivent permettre une décision. La nécessité, si pressante soit elle, d ‘encadrer des unités ne peut vous obliger à donner contre votre conscience un avis favorable à un candidat sans avenir.
Les camps qui se terminent en queue de poisson créent dans les provinces une ambiance de médiocrité ou d’à peu près particulièrement favorable à la catastrophe et en tous cas anti – éducative.
Le camp école ne vise pas à la nomination des assistants mais l’avis de la cour d’honneur précède une décision qui ne doit pas tarder. Selon que le stage précède ou suit le C.E.P. la décision doit être immédiate ou reportée à un jour bien précis. Ceci est sous la responsabilité précise de l’A.C.Pr.E.
Mieux que par des critères qu’il serait cependant trop aisé de négliger vous devez apprécier votre élève sur son comportement général.
Ainsi, après un cross difficile, le débraillé signifie effort maximum fourni ou suffisance. Celui qui, au contraire, après le courage du sprint final, garde celui de la tenue, montre qu’il a encore des réserves…. Ou qu’il a passé l’âge d’intéresser les autres à sa personne par l’excentricité.
La promptitude du lever, le négligé à la messe ou aux cérémonies, la toilette, le pessimisme devant tel projet, la crainte de l’aventure, le manque d’initiative dans le temps libre, la peur du silence sont de bons éléments d’appréciation.
Rappelons nous là encore que l’ambiance doit favoriser leur épanouissement.

Développement de la personnalité

II serait naïf d’imaginer que 4 ou 5 jours suffisent pour transformer un jeune homme en chef. Ce serait non seulement présomptueux, mais profondément contraire à l’esprit du Scoutisme,.
Le développement de la personnalité est une progression que le Scoutisme s’évertue non pas à accélérer mais à assurer.
Aider le garçon à profiter de ses expériences, fortifier sans le remplacer le désir d’agir.
Ce n’est pas le Scoutisme qui fait le scout, mais le scout qui se fait lui-même, grâce au Scoutisme.
Ce n’est pas non plus le C.E-P. qui fait le chef, on devient chef de soi-même, par la vie. Le C.E.P. apporte une raison d’agir, une raison de se dépasser. Il intervient au moment psychologique de la rupture adolescent-homme. Pour que cette rupture ne soit pas un arrêt, mais un nouvel élan, le C.E.P. doit être un choc, et de ce choc doit résulter une lumière, un appel S’il est assez net, cet appel sera suivi d’un ou, c’est-à-dire d ‘un engagement.
Essayons pour l’expliquer de fractionner l’indivisible.
a/ – Formation humaine du chef
L’âge où nous avons les stagiaires correspond à une période d’ébranlement intérieur. Les formes dans lesquelles ils ont reçu, enfants, les principes de la vie morale et spirituelle, se heurtent à d’autres formes, propres à l’intelligence libre de l’homme. Une adaptation est nécessaire pour que dans des formes nouvelles, le jeune homme retrouve les principes fondamentaux et les inclue dans sa vie. Alors que souvent, si cette adaptation n’est pas faite, c’est au bénéfice de l’indifférence et de l’oubli.

NOUS DEVONS DONC,
EN DES FORMES APPROPRIEES A LA MENTALITE D’UN HOMME,
DEVELOPPER:
UN BUT DEVIE, UN IDEAL,UNE VOCATION
EN MEME TEMPS QUE NOUS PERFECTIONNONS
LA CONSCIENCE PERSONNELLE POUR SAISIR CET IDEAL,
ET LA FORCE POUR LE SUIVRE.
Il faut se garder à la fois des généralités brillantes accessibles à tout conférencier qui sait lire, et de l’austère excitation à la vertu.
Prenons cela pour un but bien précis et limité : un idéal d’homme à découvrir.
a/ Formation humaine
Avant tout poser la question de la vocation, £aire entendre l’appel Dieu pour que chacun puisse y répondre selon sa grâce et sa générosité,
II est excellent de laisser partir les stagiaires deux à deux, un après midi, avec mission de faire jouer les gosses d’un village. On répugne quelquefois à le faire dans la crainte que ce soit un échec, dû à l’imprévisible que comporte une telle expédition. L’expérience montre, au con traire, que l’on a toute chance de réussir.
Cette activité est une occasion d’étudier l’initiative des élèves, mais surtout elle amène un problème celui de l’enfance plus ou moins abandonnée.
Et à travers lui celui du monde dans lequel nous vivons.
La grande pitié des gosses de notre civilisation doit éveiller des rêves d’apôtres.
Cette journée a une grande importance. Vous lui accorderez toute la préparation qu’elle mérite. Le matin, vous aurez attiré l’attention des chefs par un immense panneau d’affichage où voisineront des journaux d’enfants, des têtes de gosses réjouis et de gangsters, des taudis, des photos de grande nature, des statistiques sur l’enfance délinquante, etc…
Préparez vos patrouilles à se donner généreusement à cette entreprise par cinq minutes de réflexion et le soir, à la veillée, portez le grand coup.
Commencez par le bilan de l’après-midi, brièvement. Élevés-vous progressivement en généralisant. Posez le problème de notre civilisation qui ne peut engendrer que cet état de choses. Demandez s’il n’y a pas quelques âmes énergiques et toutes de charité qui se dévoueront pour apporter un peu de joie, d’espoir dans ces ténèbres.
C’est la vocation de chef éclaireur.
A ce moment de la veillée, les chefs seront en pleine réceptivité et si votre Aumônier veut raconter sa vocation, ses paroles ne seront pas sans écho. Il serait dommage de ne pas lier à cette veillée la messe du lendemain pour que l’offrande des meilleurs soit acceptée et fécondée par la grâce.
Cet exemple vous montre que les intentions que vous exprimerez au camp école sont à préparer par l’action qui déjà pose le problème d’une façon vivante, en même temps qu’elle amène un début de solution.
Qualités Physiques
Là encore, si votre rôle est d’apprécier, il est aussi de mettre des candidats dans des conditions où ils puissent livrer le meilleur d’eux-mêmes.
Comme les autres ces activités doivent être passionnantes, éducative utiles. La tension inévitable de certaines phases du camp appelle naturellement une détente. Le sport y répond à merveille.
Certains considèrent l’éducation physique comme inévitable, et bien que convaincus de son utilité, ils ne comprennent pas la joie que l’on peut en retirer, l’équilibre humain qu’il apporte. Du sport, de la compétition on passe aisément à l’entraînement, qui ainsi justifié est pris au sérieux et ne lasse pas.
Dans le sport, comme dans le jeu, ceux que vous observez se montrent tels qu ‘ i1s sont.
Qualités morales
Les responsabilités individuelles, les missions de jour et de nuit. les marches, l’organisation d’un jeu, de 1 ‘intendance, etc…seront pour vous des moyens de mettre vos candidats à l’épreuve.
Pour cela, il ne faut pas hésiter à rompre l’ordonnance do votre camp école et même son rythme.
Qualités religieuses
Le silence, la prière communautaire et individuelle, la méditation, les sessions seront des points de départ.
Il est bon que tous ces contacts avec le Seigneur soient suivis de lectures, de temps libres consacrés à alimenter la recherche :
Là encore, on ne peut escompter si vite enseigner toute la religion et convertir les indifférents. Il faut faire choc. Il faut qu’il y ait une question brûlante posée…
Il s’agit simplement de chercher concrètement quelle porte ouvrir pour que Dieu entre dans les âmes.
L’essentiel est qu’au C.E.P, les chefs sentent la présence de Dieu le besoin de se rapprocher de lui. La méthode les aidera aux premiers pas, leur donnera une possibilité de continuer. Il faut esquisser non seulement un plan de vie spirituelle, mais aussi entamer ce plan :
b/ — Formation personnelle scoute
Le Scoutisme, entre autres originalités, a ceci de particulier qu’il est une affaire sérieuse, en même temps qu’un jeu. Ses chefs doivent être des hommes – enfants, Et si grave soit l’ambiance du monde extérieur, nous ne devons jamais oublier cette notion- Nous ne cherchons pas à faire des prodiges de l’action,- mais des hommes de caractère, aptes par la suite, mai s seulement par la suite, à toutes les spécialisations.
Ceci peut paraître paradoxal à qui n’est pas coutumier des méthodes B.P, II y a dans le Scoutisme un aspect de notre vocation dont la preuve est l’amour des choses simples et souvent matérielles de la vie des camps.
Aimer le camp, la cuisine, la nature , le jeu, les techniques, le silence. Qui oserait dire que ce ne sont pas de grandes qualités? Tout comme l’amour de l’esprit scout.
Il est facile d’apporter aux tièdes ou aux médiocres une certaine libération, en leur parlant de la Loi et de la Promesse comme d’ instruments pédagogiques; merveilleusement adaptée au jeune âge. Ce sont avant tout choses à vivre. Elles nous ont été préparées dans notre enfance, à nous surpasser comme hommes,
FORMATION PERSONNELLE SCOUTE AU C.E.P. SIGNIFIE :
QU’UN HOMME REVIENT A LA TERRE, DECOUVRE LE SCOUTISME, S’ATTACHE A LA LOI.
C’est pourquoi le C.E.P. est un camp normal.
La cuisine ne peut y être expédiée comme une besogne tout juste tolérable quand on a tant de choses à faire… C’est le Scoutisme.
Les installations ne sont pas un minimum indispensable. C’est le Scoutisme.
De votre école, doivent sortir des campeurs et non pas des professeurs de camping:
Les deux qualités de vos séances techniques seront l’intérêt et la vie
L’intérêt est une question de choix d’activités, de préparation et de mise en scène,
Elles seront vivantes si vous les prenez en elles- mêmes, et non comme un cours de révision. La veille de 1’examen. Peu importe que vous n’ayez que 2 ou 3 techniques à votre C.E.P. si les élèves ont eu 1a possibilité de les découvrir, de les aimer.
Au camp, on a le temps d’aller, à l’affût, à la chasse, d’observer, de cuisiner, de se reposer, etc…
Les jeux ne gangrènent pas le programme, ils sont destinés, par définition à amuser et détendre, puis à éduquer en distrayant. Après un effort d’attention, une bataille de foulards repos. Un peu de tableaux vivants fait oublier la pluie. Une aventure, sous forme de jeu, peut au début du camp amorcer l’esprit de patrouille, à condition de bien l’organiser, sans fiction, avec étapes préparées, difficultés prévues, risques mesurés.
En toutes ces activités doit être imprimée la marque scoute qui est simplicité, rythme, équilibre, apaisement , joie de vivre dans un monde naturel.
Ce rythme de vie et non pas d’instruction permettra à l’esprit Scout de s’épanouir et c’est bien l’essentiel, quoique le plus difficile, car les néophytes arrivent en général pour être instruits, plutôt que pour vivre.
Les articles 3 et 4 forment la loi du camp ; l’article 7 doit être compris dans son sens positif. Ne pas attendre qu’un ordre soit donné pour bien faire. Le provoquer ou s’en passer.
C’est un camp de garçons que le C.E.P., Les chefs n’y arrivent pas blasés, mais avec une âme neuve de garçons, prêts à profiter grandement des petites occasions, prompte à s’ouvrir profondément aux choses les plus simples, et aux: paroles les plus primitives. Ce qui fait la force du camp – école, c’est l’humilité des cœurs.
« Prière du P. de Grandmaison »
Sainte—Marie, Mère de Dieu,
Gardez-moi un cœur d’enfant,
Pur et transparent comme une source,
Obtenez-moi un cœur simple,
Qui ne savoure pas les tristesses.
Un cœur magnifique à se donner,
Tendre à la compassion,
Un cœur fidèle et généreux,
Qui n’oublie aucun bien
Et ne tienne rancune d’aucun mal.
Faites-moi un cœur doux et humble,
Aimant sans demander de retour.
Joyeux de s’effacer dans un autre cœur
Devant votre divin Fils.
Un cœur grand et indomptable
Qu’aucune ingratitude ne ferme,
Qu’ aucune indifférence ne lasse.
Un cœur tourmenté de la gloire de Jésus-Christ,
Blessé de Son amour,
Et dont la plaie ne guérisse qu’au ciel.

3 – INITIATION A LA METHODE –

« Le Scoutisme n’est pas une préparation à la vie, mais une vie ».
Notre but n’est nullement de transformer nos assistants en pédagogues ou en artistes de la méthode. Il est bien plus utile de leur faire comprendre que le Scoutisme est une manière de vivre et non une mécanique plus ou moins savante, par laquelle on travaille l’enfant pour en faire un homme.
POUR PROVOQUER UN CHOC ET DETERMINER UN COMPORTEMENT LES ENSEIGNEMENTS
DU C.E.P. DOIVENT ETRE SIMPLES : DEVELOPPER LE SENS DU CONCRET, DE- L’INDIVIDUEL, DU POSSIBLE ET L’INTELLIGENCE DU PROCEDE.
Sens du concret –
L’infantilisme dont on à, d’occasion accusé le Scoutisme n’a été trop souvent confondu avec un certain empirisme et nous avons parfois cru y obvier en sacrifiant à l’abstraction.
Une bonne qualité de base pour un scoutmestre est le sens du concret.
Difficile à définir, rare, il suppose de l’optimisme et de 1’humilité. Celui qui le possède n’est jamais un « spectateur ». Ses idées sont pour lui des possibilités d’action et pour ses garçons des images motrices.
Il a le don de transformer les principes en vie, la théorie en pratique.
Sensible aux gestes plus qu’aux paroles, il puise dans l’observation un des plus riches aliments de sa vitalité.
Le sens du concret, c’est une réceptivité aux choses et aux actes en même temps qu’un pressentiment de leur ressource éducative.
Sens de l’individuel –
L’apprentissage du commandement est long et délicat. Moins l’autorité est naturelle, plus on est tenté de l’asseoir sur la toute puissance du décret. Le décret est toujours collectif et universel. Or, la troupe scoute n’est pas un rassemblement d’individus uniformes. Chacun a son tempérament particulier, chacun ses possibilités d’ idéal et chacun sa manière de servir l’un par l’autre.
C’est à cette singularité des cas que vous devez habituer les jeunes chefs.
C’est le fondement même d’une bonne psychologie. 11 économise bien des désillusions, favorise la pédagogie et ouvre l’intelligence.
Sens de 1a décomposition des objectifs
S’adaptant parfaitement à la nature des garçons prompts à s’engager mais vite fatigués. L’ éducateur est celui qui, pour chaque cas particulier sait décomposer les objectifs et fractionner les étapes. II transforme l’impossible en possible.
Le Scoutisme est une progression. Il ménage des bonds. II faut qu’il y ait victoire possible sur un but déterminé pour que la confiance en soi, stimulée, aiguise l’ambition d’atteindre plus haut.
Sens du scouting –
Enfin par ses programmes mêmes, le C.E.P. doit faire comprendre le genre d’activités qui séduisent les garçons.
Ces activités doivent répondre autrement que par des définitions aux critères de B-P. :
Intéressantes, éducatives, utiles.
Inséparablement liées; mais avec le primat de l’intérêt puisqu’il s’agit de « donner au garçon envie d ?apprendre par lui-même ».
Vivre avec un dompteur pendant une semaine est assurément plus instructif que de suivre le cours de dressage par correspondance. Vous devez à vos élèves un enseignement pratique,
Au C.E.P, comme à la troupe, le rôle de l’éducateur est de développer les qualités de ses sujets en leur fournissant des activités intéressantes où s’épanouissent naturellement ces qualités.
C’est ainsi et ainsi seulement que vous pouvez passer de la pratique à la théorie avec des chances d’être compris. Vos sessions préparées par l’action auront du goût. La réussite vous donnera le droit d’énoncer de s principes »
Ne surchargez pas vos programmes de sessions trop nombreuses, qu’elles restent essentiellement concrètes et analytiques pour engendrer un plan d’action immédiatement réalisable, plutôt qu’une belle synthèse intellectuelle sans effet moteur.
En dehors des conclusions qui suivront les activités, vous avez deux thèmes à développer :
Le garçon : parce que « le premier pas à faire pour réussir dans l’éducation c’est de savoir quelque chose des garçons en général et du vôtre en particulier » (B.P.)
Le chef : parce qu’i faut à vos stagiaires un Idéal en silhouette.
Pour toute cette initiation pédagogique référons-nous au Guide du Chef Éclaireur.

  • Connaissance du garçon,
  • Exemple personnel du chef,
  • Vie dans la nature,
  • Service,
  • Efforts pour retenir les garçons plus âgés, c’est-à-dire intérêt des activités.

« Depuis Descartes et parce qu’on l’a mal compris, les Français confondent la méthode avec une technique Infaillible réussissant par elle-même. La méthode est essentiellement un art réfléchi. Le maniement d’un méthode demande une constante adaptation intelligente au concret toujours nouveau. On n’apprend pas une méthode pour l’appliquer, mais pour s’en inspirer librement, et lui être fidèle même quand on a l’air de s’en libérer « .

L’AUMONIER AU C.E.P.

II n’est pas là « parce que les règlements l’exigent » ou « pour qu’il y ait la messe ».
Il est là comme l’aumônier de Troupe dans le camp de Troupe.
Et donc il faut qu’il soit choisi parmi les vrais aumôniers—scouts, Prêtre, il rend Dieu présent par sa présence et par le rayonnement de sa vie intérieure. Scout, il est heureux de camper, s’épanouit dans 1a vie simple et amicale du camp, aime la nature, y prie parce qu’il y vit sous le regard du Père, sait se taire, Aumônier— scout, il se rencontre avec les gerçons dans leur intérêt aux activités scoutes comme dans la poursuite de l’idéal spirituel du scoutisme, Familier sans être un camarade, il est celui à qui s’ouvrent les âmes.
Mais le chef et l’aumônier doivent ne faire qu’un. Il appartient au M.C., de choisir l’aumônier avec qui étant en confiance il dirigera et animera son camp.
Au camp, l’aumônier n’est ni un prédicateur ni un conférencier, Qu’il ne parle pas trop. Il ne fait pas de « sessions religieuses ». Mais, pour un CE.P., il choisit un sujet central et le traite de telle façon qu’il introduise et stimule les garçons à la réflexion personnelle sur notre foi et ses exigences, les aide à passer d’une religion d’enfant à une religion d’homme. II n’y faut pas beaucoup de temps, A lui d’accord avec le M. C. de décider de l’heure où représentant- DIEU il parle de DIEU. La veillée est souvent le meilleur moment.
Il se gardera de se croire le directeur spirituel des garçons dont il est pour quelques jours l’aumônier, de provoquer des confidences, de trancher des cas de conscience.
Encore une fois, aumônier de la troupe qui campe, il est l’homme de DIEU et des âmes dont la présence empêche le scoutisme de dégénérer en naturisme ou naturalisme, en fait un moment privilégié de vie chrétienne en esprit de foi et de charité.

Chapitre : Travail et art du Mestre de Camp

« Pour venir à tout des choses le premier pas est de les croire possibles »
Le chef est celui qui conçoit clairement le but et donne toute sa for ce à l’application des moyens que son imagination aura déterminés.
« Le Mestre de Camp n’est qu’un excellent Chef de Troupe – Mais il doit l’être et se montrer tel ».

PREPARATION DU C.E.P.

RECRUTEMENT
Avant que le camp – école ait acquis une notoriété suffisante pour conquérir les stagiaires par sa propre vertu, le M.C. s’astreindra au recrutement individuel par contacts personnels. Ce sera le premier objectif de ses visites en province. Demandez aux jeunes des engagements précis et n’hésitez pas à prendre des sanctions contre celui qui a manqué de parole.
MAITRISE
Le mieux serait de pouvoir choisir vos assistants parmi les ACDE, à condition qu’ils aient fait Cham et possèdent une bonne expérience de troupe La maîtrise prêche l’exemple et doit pouvoir créer un climat de discipline et d’humour.. Les techniciens ou spécialistes (modèles réduits, radio, froissartage) appelés au camp font partie de la maîtrise et ne peuvent limiter leur intérêt à leur habileté. .
Si vous préparez la totalité du programme en équipe, ils se sentiront communément responsables de l’ensemble du camp.
TERRAIN
On peut choisir le terrain qui permet d’exploiter une idée, ou établir le programme d’après le terrain offert. Le site doit être grandiose, condition naturelle pour l’élévation des âmes, Sa richesse permettra des activités variées. Il doit procurer des facilités en bois pour les travaux d’installation, en eau pour la commodité des cuisines, etc…
Prévoir le lieu de rassemblement : net et dégagé, un emplacement de session tranquille, une chapelle recueillie.
MATERIEL
On peut, malgré les difficultés d’achat, se constituer à la longue un matériel fixe de C.E.P. surtout en ce qui concerne l’équipement d’instruction: haches, lassos, tarières, instruments topo, etc…, et si possible tentes, couleurs, flammes, flots de patrouille, etc…
C’est un minimum que ceci reste en parfait état pendant le camp et soit rendu intact.
Le matériel doit être suffisant pour ne pas créer au chef difficultés et lui laisser la tête libre pour penser et réaliser son programme-
De plus, le conseil de chefs est un instrument remarquable de formation personnelle pour les C.P. Tous ne peuvent en bénéficier, puisque dans la plupart des cas on laisse les postes fixes mais au moins ceux qui ont cette charge en profitent.
Dans l’heure que l’on passe avec eux, au crépuscule, on ne doit pas hésiter à aborder, en dehors des problèmes afférents à la marche du camp des questions plus générales. Pourquoi ne pas relire un article du chef, jouer ensemble, prier, préparer la messe, etc…
Plus la Haute – Patrouille sera vivante, plus profond sera le contact avec les stagiaires.
LE SYSTEME DES PATROUILLES
Ce qui est vrai d’un camp l’est à plus forte raison d’un camp modèle qui donne le style .du Scoutisme à toute une province.
Vous obtiendrez un bon esprit de patrouille, sans en donner à chaque minute la nécessité théorique, si vous savez organiser votre camp avec des compétitions et de l’aventure. L’esprit d’équipe résulte, naturellement d’un travail, d’une détente, d’un effort, d’une victoire ou d’une défaite commune et aussi évidemment de la générosité individuelle.
Commencer son camp par une aventure de jour ou de nuit comporte des risques. Les stagiaires ne se connaissent pas et vous ne les connaissez pas. Le premier jeu est rarement une merveille de réussite, mais les patrouillards se rôdent ensemble et cela permet souvent un excellent départ.
HORAIRE
II est impossible de décrire ici un horaire type. Celui-ci est essentiellement fonction de l’acuité avec laquelle la Maîtrise saisit les objectifs et de l’imagination qui lui fait inventer et orchestrer ses activités.
Toutefois, un bon horaire a, au moins, deux qualités : l’équilibre et l’exactitude.
Soit que vous en donniez les démarcations vous-mêmes, soit que vous laissiez les patrouilles le suivre avec leur propre discipline, il doit rester strict.
STYLE DU CAMP
Le style est l’expression d’une ambiance générale et d’une générosité individuelle. Il est fait à la fois de grandeur et de simplicité
Ses bases sont la discipline,, l’ordre, la tenue. Elles ne requièrent pas un effort momentané et localisé, mais une perfection permanente. Habituer les stagiaires à se comporter en volontaires, c’est -à –dire à considérer les consignes, non comme un maximum,, mais comme un minimum que chacun est appelé à dépasser.
SESSIONS
Le chef arrive à l’heure. Tous sont rassemblés. L’assistant ou le 1er C.P. commande le  » toujours prêt  » et met la troupe à sa disposition. A la fin le M.C. rend la troupe.
Lorsque la session suit une activité mouvementée, les élèves peuvent y venir en uniforme de camp, mais avec leur foulard.
La tenue pendant les cours doit être correcte et pour la faciliter, choisissez ou préparez un rond de sessions où les auditeurs puissent être assis commodément.
FIN DE CAMP
Bien conduit, le C.E.P. doit se terminer d’une façon précise.
Puisque le but est de sélectionner les A.C.T. et de les engager dans leur formation, il convient de formuler un jugement et de donner à chacun un objectif de perfectionnement.
Ceci peut être le thème d’une cour d’honneur. Sa forme sera réglementaire et solennelle. Les stagiaires seront convoqués individuellement, on leur dira avec humour et intelligence mais netteté, ce que l’on pense, en s’efforçant de leur proposer un effort bien orienté.
Cette cour d’honneur permet de définir une opinion, soit immédiatement soit à la suite d’un stage. Cette opinion doit se transformer en décision, nomination ou invitation à rentrer au clan.
Ceci est très important, si nous voulons que notre organisation soit conséquente et nos efforts efficaces.
6 mois après la cour d’honneur, on peut réunir i’équipe province et publier alors les décisions.
APRES LE CAMP
Si le camp a été pour les stagiaires un point de départ, nous pouvons confirmer sa valeur en les suivant.
Le M..C. seul ne peut assurer cette responsabilité. II se préoccupera surtout d’orienter les meilleurs éléments vers les camps nationaux. L’entraînement de l’ensemble incombe aux Districts,
Ceux-ci doivent faire preuve de loyauté à l’égard du M.C et de mesure à l’égard des C. T,
Les séances d: entraînement seront peu nombreuses, niais de grande qualité.. Elles visent à renouveler l’esprit du camp – école dans sa ferveur, sa fidélité et sa technique.
II faudrait plutôt des activités que des sessions: camps, pèlerinages, services, suivis de conclusions.
Le meilleur système d’entraînement consiste à aider les chef dans leur action même, en participant à leurs activités et en perfectionnant leur méthode.

CONCLUSIONS

Comme vous avez pu l’observer à travers ces différents chapitres, nous essayons par tous nos contacts de donner aux chefs l’Amour du Scoutisme.
Le goût du camp, de la nature, de la vie simple, ceci est 1’essentiel.
Nous cherchons ensuite à développer en eux un esprit révolutionnaire en faisant naître et développant un Idéal.
Enfin, nous mettons en leurs mains décidées une méthode simple : éducation par l’action et par la confiance.
C’est une Oeuvre de longue haleine qui réclame beaucoup de patience. Mais sa simplicité même nous assure une pénétration profonde et une efficacité à longue portée.
Celui qui escompte un résultat rapide sera déçu, mais celui qui a le courage d’une action tenace et suivie aura, avec la grâce de DIEU, l’assurance d’avoir bien semé sinon récolté.
« La récompense du Capitaine n’est pas dans les notes du Commandant, mais dans le regard de ses hommes » (L).
« Venez les bénis de mon Père! J’avais faim et vous m’avez donné à manger, J’avais soif et vous m’avez donné à boire. J’étais nu et vous m’avez vêtu….. mais quand Seigneur?
« Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait cela à l’un des plus petits de vos frères, c’est à moi que vous l’avez fait  » (St Mathieu XXV )

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