Qui était George Gauthier ?

Surnom scout : Geo Gauthier (on prononçait « Jo ») Commissaire Général des SDF de 1946 à 1953, Chevalier de la Légion d’honneur.
Né en Lorraine en 1905 ; décédé à Paris le 21 janvier 1990.

Extraits de la petite encyclopédie la Mémoire du Scoutisme, par Louis Fontaine

Jeunesse et premiers engagements.

George Gauthier (qui tenait beaucoup à voir écrit son prénom sans le s final) milita très jeune dans les œuvres paroissiales et lorsqu’adolescent il se trouva en région parisienne, il adhéra à la Fédération Nationale Catholique du général de Castelnau où il fit la connaissance de Marcel Forestier, auprès duquel il devint secrétaire du mouvement.
George Gauthier fit sa promesse en 1922 et il prit rapidement la responsabilité d’une troupe en milieu populaire à Clamart, dans la banlieue sud de Paris. Il se montrait très fier d’avoir reçu son investiture et sa barrette de scoutmestre du « Vieux Loup » (le chanoine Cornette) . C’est avec la même fierté que, beaucoup plus tard, il parlait de son adoubement de « Chevalier de France ».
Il participa, en corrélation avec Marcel Forestier, aux débuts de la Route en fondant un clan et en donnant un essor au district de Paris-Sud. Édouard de Macédo qui dirigeait la Route en région parisienne lui demanda alors d’effectuer un regroupement en unissant plusieurs jeunes clans (Montcalm/ Saint Paul…) pour former avec une quarantaine de routiers le Clan Maud’huy . Cette grande formation dynamique fut l’une des premières à participer à un Noël routier en 1930.
George Gauthier fit alors un stage au camp-école de Gilwell et reçut sa badge de bois des mains mêmes de Lord Baden-Powell.
Avec l’arrivée de Pierre Goutet et d’André Cruiziat au Commissariat National de la Route des SDF, George Gauthier, en équipe avec eux, fit la preuve de son sens des responsabilités : « Ma vocation de chef est née d’avoir senti ce que le scoutisme proposait aux garçons, qui m’avait été refusé au collège et dans les œuvres que j’avais fréquentées. Ce sens de l’honneur à qui personne n’avait jamais fait appel, ce besoin d’incarner mes rêves de chevalerie dans des aventures concrètes et cette ferveur de me donner et de me perdre dans quelque chose de grand… » (Le Chef / Janvier 1947) . Professionnellement, à cette époque, G. G. travaillait comme chroniqueur dans des journaux de la presse catholique. Il raconta comment le cycliste du journal passait aux premières heures du petit matin pour venir chercher « le papier » que, malgré les réunions et les activités scoutes de la veille, il fallait bien lui remettre après une nuit blanche …
George Gauthier se maria avec Suzanne Bonnenfant en 1932 et de leur union naquirent sept enfants dont l’éducation et la charge pesèrent lourd sur les épaules de ce couple.
Peu avant la seconde guerre mondiale, G. G. fut nommé instructeur au Camp-école du Breuil, puis assistant du Mestre de Camp de Chamarande, avant de devenir assistant du CNR en 1939.

Prisonnier de guerre pendant cinq ans

Dès le début des hostilités, en 1939, il fut mobilisé à Belfort et œuvra dans son unité pour l’assistance sociale des « Foyers du Soldat ».
Fait prisonnier à la frontière suisse, en mai 1940, il fut transféré dans l’un des plus grands « Stalags  » (Camps de prisonniers pour les hommes de troupe et les sous-officiers) de la région de Hesse en Allemagne.
Dès les premiers mois de sa captivité, il fut porté par ses camarades à la responsabilité « d’homme de confiance ». Ce poste faisait partie de l’organisation allemande; il permettait aux prisonniers de désigner l’un des leurs pour les représenter auprès du commandement du camp et ainsi régler les problèmes d’ordre hygiénique, de santé, disciplinaires ou sociaux qui pouvaient se poser. Pour les autorités allemandes, ce système permettait d’avoir un responsable, à la fois interlocuteur, et intermédiaire entre leurs prisonniers et leur administration militaire.
On le voit, le poste n’était guère facile mais G. G. l’accepta comme un service à rendre à ses camarades. D’autre part l’homme de confiance jouissait de facilités pour circuler, se rendre dans les « arbeit-kommandos » (sous-camps de travail) ou accompagner les malades dans les services hospitaliers ou de soins qui n’existaient pas dans le camp.
George Gauthier profita de ces libertés pour favoriser de très nombreuses évasions par le moyen d’une ligne de chemin de fer qui passait à proximité de ce stalag. Il eut même la possibilité d’en user pour son propre compte, ce qu’il refusa pour ne pas compromettre la
filière et ne pas abandonner son action bénéfique pour ses camarades.
Cependant les soupçons des Allemands finirent par se porter sur lui et ils fut arrêté, jugé et emprisonné au secret pendant une longue période. À cette époque, les bombardements alliés prenaient une importance dramatique dans la vie des populations civiles allemandes et, par
malheur aussi, dans celle des prisonniers internés dans des camps souvent à proximité d’objectifs industriels.
George Gauthier fut sorti de sa prison et rappelé à son poste d’homme de confiance, à la fois grâce à l’insistance de ses camarades, et par les Allemands eux-mêmes, qui trouvaient que sa présence permettait d’aplanir les relations de façon plus correcte.
Comme beaucoup d’anciens routiers du scoutisme, G. G. participa à la création d’un clan à l’intérieur de son stalag pour permettre à ceux qui y adhéraient de trouver des raisons supplémentaires d’espérer par des activités faisant diversion (Voir aussi à Prisonniers) .
Pendant les grands bombardements de Kassel, il fut un jour surpris, alors qu’il accompagnait une ambulance vers l’hôpital de la ville. Réfugié avec ceux qui l’accompagnaient pendant de longues heures sous le véhicule lui-même, tandis que les immeubles s’écroulaient non loin de là, il ne considérait sa survie et celle de ses camarades que par la grâce d’un véritable miracle, tant les dégâts alentour furent importants.
Comme ses compagnons de captivité, G. G. fut libéré en mai 1945. Lors de son retour par Strasbourg, l’une des premières personnes qu’il rencontra, probablement dans un Centre d’Accueil, fut un jeune scout à qui il s’empressa de serrer la main gauche.
Le futur C. G. raconta plus tard qu’il fut désagréablement surpris de constater que le garçon avait détourné les yeux en lui offrant la main…

George Gauthier Commissaire Général

Après ses retrouvailles familiales, si légitimes après tant d’absence loin de son épouse alors que leurs enfants avaient grandi sans la présence de leur père, G. G. retrouva aussi fidèlement ses camarades du Q. G. qui avaient, pendant ces cinq longues années, fait survivre et même prospérer le mouvement des SDF.
Cependant, si les difficultés de la « reconstruction » du pays dans le climat de l’épuration ne lui échappait pas, on lui expliqua que la réunion des instances scoutes de la zone sud et de la zone nord s’était passée sans heurt, grâce à la réalité de la fraternité scoute et à la prudence de chefs comme Pierre Delsuc. Il semblait, dès lors, nécessaire de faire appel à un chef nouveau, n’ayant connu ni la bi-polarisation des zones de la France occupée, ni les tensions nées de cette partition. Un Commissaire général rentrant de captivité semblait le plus apte à remplir ce rôle et, lui-même, si engagé dans son action résistante de prisonnier, était tout désigné.
C’est au moins ce qui lui fut expliqué lors de l’Assemblée Générale du 25ème anniversaire, tenue Salle Pleyel à Paris le 29 décembre 1945.
G. G. après ces années d’absence, ignorant tout de ces problèmes, demanda à réfléchir, tant pour les devoirs familiaux qui lui incombaient, que pour se faire une opinion auprès des unités elles-mêmes. Après avoir fait une vaste tournée des Provinces scoutes, il accepta la proposition qu’on lui fit et l’Assemblée Générale du 15 août 1946, à Strasbourg, le désigna comme C. G. avec le père Forestier comme aumônier, Françoise Pistre à la branche Louveteau, Michel Menu à celle des Éclaireurs et Michel Rigal à la Route.
Prenant la succession de Pierre Delsuc, il constatait que les effectifs du mouvement dépassaient les 100.000 et que les chefs qui les encadraient ne semblaient pas toujours de la compétence et de la valeur souhaitée. Malgré de grosses difficultés matérielles, consécutives à la guerre et aux combats qui s’étaient déroulés sur notre sol, il devait aussi penser à préparer le Jamboree mondial devant avoir lieu en France l’année suivante, en août 47 et déjà retardé pour les mêmes raisons.
Devenu « permanent » au Q. G., pour des raisons évidentes de soutien familial, mais avec une santé ébranlée par sa captivité, G. G. consacra, cependant, tout son temps et toutes ses forces à la direction du mouvement et à la préparation du Jamboree.
Les grands axes qu’il donna au cours de sa première année de mandat furent : le scoutisme populaire et la modernisation des techniques. Sous sa direction se conforta le scoutisme rural avec une équipe nationale et la transformation de la simple « Tribu des Houlottes » en une « équipe nationale nature ».
En 1947, le « Jamboree de la Paix », tenu à Moisson, dans la grande banlieue parisienne, fut un succès pour l’ensemble des organisateurs et à cette occasion, le président de la République, au cours de sa visite officielle le 14 août 1947, remit à cinq chefs scouts la Croix de la Légion d’Honneur. Il s’agissait de S. Bouli, E. Arnaud, M. Ingrand, F. Caquelin et G. Gauthier. Pour le C. G., c’était aussi rendre un hommage un peu tardif aux qualités exceptionnelles qu’il avait montrées au cours de sa captivité en Allemagne. C’est ce que ne manqua pas de souligner le Général Lafont, dans un numéro du Chef :
Prisonniers depuis de longs mois, il rendit à trente mille de ses camarades des services importants, jouant toutes sortes de tours aux Allemands, lorsqu’il reçut du service clandestin du Q. G. de Lyon, tous les papiers lui permettant de s’évader avec la plus grande certitude de réussite. Vous devinez sa joie. elle s’est traduite par une lettre à sa femme lui expliquant à mots couverts cette possibilité et lui demandant son avis : « Puis-je rester ? » Son épouse répondit « oui ! » Suzanne Gauthier et George était donc de la même trempe !
Un peu plus d’un an après sa nomination, se tenait à Chamarande sa première Assemblée Générale. Il la prépara avec la plus grande conscience. Il en escomptait une prise de position plus ferme des chefs quant à leurs efforts futurs.
C’est dans cet espoir qu’il prit le soin de faire publier dans la revue « Le Chef » la très longue intervention qu’il fit. Il n’y laissait aucun point dans l’ombre et il traita de tous les problèmes, branche par branche.
Fidèle aux principes du Père Doncœur, très conscient des problèmes sociaux qui se posaient après la guerre et des avancées d’une aile marchante G. Gauthier disait : « refaire la France Chrétienne, donner au pays les hommes qui lui faut, c’est pour ces buts que nous sommes venus au mouvement et que les premiers chefs ont été recrutés. Il n’y a rien de changé, sinon que maintenant la tâche nous apparaît plus urgente encore et longue et plus difficile… » Il souhaitait contrebalancer le désordre social et moral par un « rappel à l’ordre et à la Loi ». « Je crois, dira-t-il encore, qu’il serait bon dans notre orientation religieuse de revenir sur la notion de loi…. il y a l’amour, mais il y a aussi la notion de loi qui exprime l’ordre naturel et éternel des choses…. » (« Le Chef » N°241) Pierre Goutet membre du Conseil National, comme André Cruiziat faisaient parti de la réunion en tant que participants actifs. Goutet prit la parole pour traiter du « Rôle du scoutisme dans le monde actuel » en récusant les termes et l’orientation donnée par G. G., selon lui trop en retard par rapport aux événements sociaux de l’après guerre. « Le Scoutisme devait se transformer en action collective et sociale ». Goutet aura les honneurs d’une publication in extenso dans « le Chef ». On peut dire que la crise du scoutisme débuta par cette intervention.
Au cours de 1948, le Général Lafont donnait sa démission de Président du Scoutisme Français pour cause de fidélité au Maréchal Pétain. De son côté G. G. entérinait ce que Pierre Delsuc avait déjà demandé : la séparation des « Amitiés Scoutes » d’André Cruiziat et Pierre Goutet du mouvement même des SDF. Tandis que Cruiziat, en continuité, lançait « Vie Nouvelle », Georges Gauthier voyageait à travers la France à la rencontre du scoutisme profond.
L’Assemblée Générale tenue les 10 et 11 Juillet 1948, à Chamarande, devait maintenir fermement la ligne traditionnelle par les réponses indirectes à Goutet données tant par l’Aumônier général (voir à Forestier) que par le C. G qui constatait que ce qu’il avait proposé l’an passé restait valable. Reprenant encore une analyse très détaillée de la vie des SDF au cours de l’année, Michel Menu, pour la première fois, présentait de son côté une idée de renouvellement de la branche Éclaireurs avec un mot nouveau et provisoire, disait-il, les « Raiders ».
G. G. qui occupait un logement de fonction rue Saint Didier, près du Q. G. et du magasin de « la Hutte », était de plus en plus absorbé par les tâches du Commissariat Général. Rentrant très tard, souvent dérangé, il dormait peu. Ses enfants qui grandissaient devaient s’adapter à cette vie mouvementée de leur père dont la santé s’altérait. Il aurait dû se reposer, mais formé à l’école des Doncœur et Forestier, sachant qu’il était là pour « servir », G. G. s’efforçait de tenir. Le plus souvent, il partait pour d’interminables tournées en province, visitant les unités, remettant ici, les choses en place, donnant là des avis, présidant, ailleurs, des Conseils de Province ou assistant à des réunions officielles.
Pour l’Assemblée Générale de 1949 encore tenue à Chamarande les 16 et 17 Juillet, G. G. laissa la parole à tous les membres de son équipe pour qu’ils fassent chacun le compte rendu qu’il leur revenait. Pour sa part il se contenta de dire en guise d’introduction :  » Ne cherchez pas dans mes paroles un programme nouveau, des innovations et de l’extraordinaire, nous n’avons voulu que vous aider à préciser le but de votre action et par avance situer quelques jalons de votre marche en avant. Il n’y pas, sans cesse, à construire des systèmes et à bâtir des plans théoriques impeccables, on y perd de vue les réalités quotidiennes… On s’hypnotise sur des détails et l’on s’enlise dans des formules toutes
faites… »
Michel Menu lançait officiellement son essai d’adaptation au monde actuel de la méthode B. P. : les « Raiders-scouts » avec les premières investitures. En 1950, les « Raiders » devenaient le fer de lance des SDF tandis que la Route régressait lentement. G. G. terminait l’année par un voyage au Sénégal, en Guinée et en Côte d’Ivoire pour visiter les Scouts de l’Afrique Française. Il devait faire au total pendant quarante jours un périple de plus de 20.000 kilomètres (voir à Empire).
Mais en 1951, Geo Gauthier ne pouvait plus faire face à ses activités, il devenait nécessaire de prendre du repos et il fut absent de l’A. G. extraordinaire du 14 Juillet tenue à Chamarande pour la dernière fois, puisque l’on devait quitter les lieux peu après.
Cependant en 1952, il se reprit un peu et retrouva ses activités, participant à l’inauguration de Jambville (nouveau Camp-école), le 16 décembre, à nouveau conscient de ses difficultés de santé, G. G. donnait sa démission qui ne fut rendue publique qu’au début de 1953. Il fit paraître son dernier éditorial du « Chef  » intitulé « Mon quart est terminé » en février. Il passait la main à Michel Rigal.

Un bilan positif

Geo Gauthier avait tenu un peu plus de 6 ans à la tête des Scouts de France et son bilan, semble encore aujourd’hui, largement positif. Reprenant le mouvement peu après la seconde guerre mondiale et des événements dramatiques, il sut, malgré des difficultés sans nombre concernant les mentalités, la pénurie de chefs, galvaniser ceux qui s’accrochaient avec des mots simples et son exemple de devoir et de placidité. Il permit à Michel Menu de tenter son expérience avec les Raiders, donnant à la branche Éclaireurs un développement et une vitalité assez extraordinaires et a permit la bonne tenue du Jamboree de la Paix.

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