Les qualités du chef, d’après Saint Thomas d’Aquin

Le scoutisme a pour but de faire revivre quelque chose de l’esprit chevaleresque. Il est, par conséquent, assez naturel que S. M. et C. P. aillent chercher la formule de leurs devoirs dans les écrits du plus grand docteur du moyen âge, Saint Thomas d’Aquin. Mais tous ne possèdent pas encore le « badge » de latiniste, ni celle de théologien. Qu’ils permettent donc à un aumônier de troupe de leur dire quelles sont les trois qualités exigées de tout chef par Saint Thomas d’Aquin.
L’illustre théologien traite ce sujet à propos de N. S. J.-C., le chef par excellence (Somme Théologique, IIIème partie, question VIII, art. 1er) . Or, pour se faire une idée de ce qui constitue un chef, il observe ce qui distingue la tête des autres membres dans le corps humain : tous savent, en effet, que le mot  » chef  » vient d’un terme latin qui signifie  » tête «  .

  1. Si l’on considère d’abord la place occupée par la tête , on constate que celle-ci est située au-dessus de tous les autres membres. C’est là aussi ce qui caractérise un chef à première vue : être placé au-dessus des autres. C’est là ce qui convient excellemment à N. S. : il est supérieur à tous les hommes du fait que son humanité appartient à une personne divine. Mais serait-ce la seule chose qu’envisagent certains garçons ambitieux, lorsqu’ils rêvent de devenir C. P. et même S. M. ? En un sens, ils ont tort ; car ils doivent se rappeler que la loi scoute est inspirée de l’Évangile où nous lisons :  » Ceux qui veulent être les premiers seront les derniers « . Mais les S. M. et les C. P., eux, doivent ne pas oublier qu’ils ont été placés au-dessus des autres : ils n’ont pas à chercher une popularité de mauvais aloi en s’abaissant, mais ils doivent s’efforcer d’élever les autres à leur niveau. Il y a, d’ailleurs, une bonne manière de faire respecter son autorité sans pour cela  » être des fiers « , c’est de remplir la deuxième condition signalée par Saint Thomas d’Aquin pour être un vrai chef.
  2. Si l’on envisage, en effet, la tête et les membres au point de vue de leur perfection respective, on constate que la tête en détient comme la plénitude : elle renferme, à elle seule, les cinq sens, tandis que le toucher est seul réparti dans tout le reste du corps. Telle est également la qualité maîtresse de tous ceux qui sont appelés à commander : ils doivent être plus parfaits que leurs subordonnés. Or Jésus mérite bien à cet égard son titre de chef, lui qui possède la plénitude de grâce et de vertu. « Mais si nous poursuivons notre application aux différents chefs scouts, allons-nous, en conséquence, demander à tout S. M. et même au plus petit C. P. de conquérir à lui seul tous les badges ? » Non : les manches de sa chemise ne suffiraient pas à en porter tous les emblèmes : personne ne peut se flatter d’avoir des aptitudes universelles. Mais ce que nous lui demandons, c’est d’être le plus habile dans la spécialité de sa troupe ou de sa patrouille, c’est d’être le plus exact à en pratiquer la devise, c’est d’incarner mieux que les autres l’esprit scout et ses vertus.
  3. Enfin, quand on étudie l’ influence des différentes parties du corps entre elles, on voit que la tête est le principe de l’activité de tous les autres membres qu’elle dirige. Or, n’est-ce pas ce à quoi, en dernière analyse, doit viser un chef ? être l’âme du groupement dont il a la charge et exercer sur tous ses collaborateurs une véritable action. N.-S. encore nous en offre un exemple parfait, puisque, dans l’ordre de la grâce, nous sommes tous tributaires de sa rédemption.

Mais c’est là aussi ce qu’il y a de plus délicat dans l’art de commander. Faire agir les autres dans le sens que l’on veut est beaucoup plus difficile que d’exécuter tout par soi-même. Un bon chef, cependant, essaiera de s’y rompre : il se rappellera qu’il n’est pas là seulement pour donner l’exemple, mais pour donner l’impulsion. Il y parviendra peu à peu, observant les ressorts psychologiques de chacun et sachant les faire jouer au moment voulu, employant avec opportunité la menace ou la promesse, s’appliquant surtout à former à ses patrouilleurs une neutralité dont il sera le maître, s’ingéniant à se faire aimer, estimer, c’est-à-dire à mériter confiance…
Mais qui aurait pensé à voir dans Saint Thomas d’Aquin le théoricien du scoutisme ? Pourquoi pas ? le Pape en a bien fait le Patron des étudiants et écoliers.
En tout cas, voilà quelques idées que nous livrons à la méditation de nos scout-mestres et chefs de Patrouille.
En fouillant dans la Somme théologique, on y trouvera peut-être un jour le code moral du parfait « seconde classe »

Source : revue Le Chef n°13, mars 1923, p.176-177
Abbé Paul Richaud, aumônier de la 1ère Versailles

Conquis par le scoutisme alors qu’il était jeune prêtre et aumônier du Lycée Hoche à Versailles,  » Loup Féroce  » devint aumônier scout à la 1ère Versailles dès 1923. Parmi les C. P. de cette troupe figuraient Michel de Chivré ou Pierre Gridel. La mort accidentelle de ce dernier, en 1926, lors d’un camp, confronta l’abbé Richaud à une épreuve qu’il retraça dans un livret destiné à la Route naissante.

L’abbé Paul Richaud publia, pour préparer à la Promesse des « Veillées de prières » (préface du Chanoine Cornette) qui furent le vade-mecum de la spiritualité scoute avant la guerre. L’abbé Richaud publia encore diverses brochures et des articles (par exemple « Le Chef » N°13) consacrés à la vie catholique dans le scoutisme.

Devenu aumônier de province, il était, en outre, assesseur de Mgr. Courbe, responsable de l’Action Catholique.

Il fut nommé, le 25 janvier 1934, auxiliaire de Mgr. Rolland-Gosselin, évêque de Versailles. Il exigea alors que sa croix pectorale fût une croix potencée avec la devise « être prêt », qu’il rappela encore dans son anneau pastoral et certaines de ses mîtres !

Il devint par la suite évêque de Laval, puis Cardinal Archevêque de Bordeaux, de 1958 à 1968.

Eléments biographiques sur Mgr Richaud, extraits de la petite encyclopédie Mémoire du Scoutisme de Louis Fontaine  :

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