fleur P2✿11

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(voir avant : le bouquet de l’escargot T1✿31)

bouquet des lapins / P2✿10  Où l’on voit que la jalousie est mauvaise conseillère.

✔ fleur P2✿11 : Couard le lièvre

« Mon premier est musical,
Mon second est végétal,
Et mon tout est animal.
Devine un peu de qui je veux parler » demandait Philothée à Zakou, le petit écureuil.

« Je ne vois pas… »
« Un animal avec de grandes oreilles ! »
« Un lièvre ? »

« Non, tu confonds encore les lapins et les lièvres, reprit la chouette. Va donc les rencontrer dans la grande prairie, et tu verras qu’ils ne vivent pas pareils. »

Il faut dire que la tactique du lièvre : ” prendre son courage à deux pieds ” ne semblait pas très courageuse aux yeux du brave Zakou.

Mais ce n’était pas lâcheté de la part de la part des lièvres ou des lapins. La témérité de faire face avait coûté  la vie à plus d’un de leur espèce. Filer était bien leur meilleure arme contre l’ennemi.

La sage Philothée faisait aussi cette remarque : ” ne sois pas présomptueux de tes forces. Face au prédateur, rappelle-toi que la meilleur tactique c’est souvent la fuite ! ”

C’est ainsi que Zakou partit vers la grande prairie à la découverte de ces nouveaux amis, toujours en quête des secrets du Royaume.

Mais une surprise l’attendait quand il rencontra Couard le Lièvre. Il avait l’air à bout, épuisé par la vie qu’il menait. Et surtout il il avait trouvé refuge dans un terrier.
« Il y a quelque chose qui cloche. Les lièvres ne vivent pas dans des terriers comme les lapins, se dit Zakou, ils gîtent normalement en plein champ, aux creux des sillons ! »
Couard qui mâchonnait un bout d’écorce de noisetier, se demanda si l’écureuil ne venait pas prendre des noisettes.
Il fixa ses gros yeux ronds un peu myopes sur Zakou, tandis que ses grandes oreilles tournaient à droite et à gauche, se sentant observé et il déclara :
«J’aime bien sucer cette écorce de noisetier, à cause du jus qu’on y trouve ».

Zakou remarqua qu’à l’intérieur de la bouche du lièvre, quand il mâchonnait, on pouvait voir plein de petits poils courts et noirs.
« Tu m’a l’air perdu… Ce ne doit pas facile pour un lièvre de vivre dans un gîte souterrain avec de grandes oreilles.»

« En effet, il fait bien sombre, dit Couard. Et je commence à regretter ma liberté d’autrefois. Mais c’est une longue histoire, commencée il y a des lunes et des lunes de cela.
« Justement, moi j’aime bien les histoires, raconte moi donc ce qu’il s’est passé » demanda Zakou.

Le lièvre soupira, comme s’il regrettait le bon vieux temps, et commença à dire :

« Il était une fois un vieux lièvre qui avait un frère, mais quand ce frère fut vivant il n’avait pas de frère… »

« Qu’est-ce que tu me racontes là ?  Un lièvre avait un frère, mais quand ce frère était vivant, il n’avait pas de frère…  Ce n’est pas possible ! »

« Mais si, reprit Couard, je me suis même marié avec elle ! Tu ne connais donc pas Mme la Hase ?

Quand son frère était encore vivant, il n’y avait pas d’autre frère. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que ce lièvre était une femelle (donc c’était sa sœur !) Tu me suis ? Et lui c’était un bouquin : c’est à dire un mâle…»

Zakou surpris se garda d’interrompre une histoire qui commençait fort à l’intriguer.

« Mais à cette époque nous étions bien pauvres nous les lièvres, dormant à la belle étoile en plein champs. Mme la Hase était capable de porter deux séries de petits à la fois. Et nos petits levrauts sont robustes, ils naissent les yeux déjà ouverts et le corps couvert de poils.

Dès leur naissance, au creux des sillons, ils peuvent courir dehors, et n’exhalent pas la moindre odeur (sinon ils seraient vite repérés par des prédateurs).

Notre vie d’aventure nomade, sans domicile fixe, nous convenait alors, même si on se disputait parfois entre nous. Oh, nous n’étions pas malheureux : non, juste un peu envieux du bonheur des autres.

Mais voilà… “Un lièvre en son gîte songeait (car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?) ” comme disent les grenouilles.

Mme la pauvre Hase rêvait d’habiter au grand château de la Rabouillère, elle passait des heures à s’imaginer vivant comme Dame lapine dans les galeries souterraines des Garennes. Et, peu à peu, elle se laissa envahir par ses rêveries jusqu’au jour du grand chamboulement. »

« Quel grand chamboulement ? » demanda Zakou étonné.

« Ce grand soir où nous avons décidé d’aller prendre la demeure des lapins ! Quolibet le lézard nous avait tellement vanté les mérites du château de la Raboulière que nous avons décidé d’aller l’attaquer »

« Pourtant vous êtes cousins de la même famille ? »

« Cousins… Cela reste à voir ! Et puis nous avons accompli ce grand chamboulement sans faire de mal à personne. Figure-toi qu’il nous est arrivé quelque chose d’extraordinaire.

Car ce soir là, par une nuit sans lune, nous sommes tous partis vers la demeure de la famille Connil de Garennes. On pensait bien les surprendre, sans faire de bruit, mais on avait un peu peur de les attaquer. »

« Et alors, qu’est-ce qui s’est passé quand vous êtes arrivés chez les lapins ? »

« Rien, justement… un silence lugubre régnait sur leur vaste terrier. Pas un lapin à l’horizon. La Raboulière était vide ! Alors on en a vite profité pour s’installer ; trop contents d’une telle victoire sans combat. On avait rudement bien fait d’écouter le Lézard qui nous avait dit d’attaquer précisément cette nuit là… »

« Mais où étaient donc passés, tous les lapins ? »

« On m’a dit qu’ils vivent maintenant pas très loin d’ici, en plein air, dans nos anciens gîtes.
Si toutefois ils vivent encore… car Maître Renard, lui, n’a pas déménagé ! »

voir ensuite
fleur P2✿12 autrefois les lapins aussi vivaient heureux dans leurs terriers
fleur P213 jusqu’à la nuit du grand chamboulement provoqués par leurs jalousie
fleur P214 Zakou les aide au retournement chacun chez soi

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