fleur 0✿14

(voir avant la fleur 0✿13 : Philothée bonne observatrice)

Histoire de l’enfance / 010

✔ fleur 0✿14 : le secret de l’air

En retrouvant sa mère au nid, Zakou Guerlinguet lui parla longtemps de cette première rencontre avec la chouette.

« Mon cœur est jeune et je n’ai pas vu beaucoup de pluies. L’expérience de Philothée est très intéressante. ».

« Tu va devoir bientôt partir hors du nid familial, lui dit sa mère. Choisis bien tes amis. Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité. »

« Mon rêve, répondit Zakou, est de découvrir tous les secrets qui mènent à ce mystérieux Royaume dont parlent certains oiseaux .

Mais comment faire pour m’y envoler ? Zirezaire a voulu m’entraîner à sauter d’arbres en arbre, mais je n’arrive même pas à m’appuyer sur l’air, comme les avettes. Ruah le souffle du vent existe-t-il vraiment ? Zirzeaire dit que l’air n’existe pas puisqu’il est invisible !»

« Avant de partir je vais te confier un secret, lui dit la mère de Zakou. Comme le souffle de l’air qui fait vivre chacun… On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux .»

« Pars retrouver la petite avette, lui conseilla sa maman. Elle sera de bons conseil, elle qui sait déjà voler ! »

Sur le chemin du départ, Zakou ne mit pas longtemps à retrouver la petite abeille. Elle l’accompagna volontiers, tout en devisant en chemin.

« Il n’y a pas que les animaux qui t’apprendront des choses. Moi je butine des fleurs. Observe aussi les arbres, ils respirent également cet air plein de mystères.

Des animaux rampants (comme Azazel le serpent ou Quolibet le Lézard) ne les voient que fixés au sol. Ils s’imaginent que les arbres ne cherchent leur chemin que dans la terre par leurs racines. Question de point de vue !

Nous autres, volant dans l’air, nous sommes témoins des efforts incessants que font les arbres pour pousser vers le haut. Ils veulent toujours grandir et chercher leur chemin vers le ciel. Lune après lune, ils poussent et étendent leurs bras feuillus au souffle du vent.

« Regarde leur tronc rugueux : c’est comme une grosse corde qui attache l’arbre. Il y a même des nœuds dedans.

Mais les extrémités des branches vont en se rétrécissant, et finalement chaque bout se ramifie. Comme les fils d’une corde qui se détressent et s’élargissent.

Comme pour mieux s’accrocher, l’arbre s’accroche au sol par ses racines, mais il s’accroche aussi au ciel par ses branches.

On ne peut-être à la racine et à la cime… qu’en étant sève, à l’intérieur. »

« Ah ! dit Zakou en soupirant, bientôt je partirai tout là-bas, bien loin, bien loin d’ici… comme les oiseaux migrateurs. Quand donc arrivera ce jour ? Quand les oies auront des dents, comme dit mon frère ? »

« Tu ne penses pas si bien dire, repris la petite abeille. Les oies ont le bec dentelé. Toujours vous me suivez… jamais me dépasserez ! disent des cigognes migratrices en craquettant du bec. »

« Ma mère dit l’écureuil a parlé un soir avec un de ces grands oiseaux du “peuple du vent”, une oie sauvage ou une grue qui s’était posée près de l’étang.

Elle disait que celles qui étaient restées là bas, pouvaient marcher l’hiver sur leur lac sans s’y enfoncer. Mais que les poissons leur étaient inaccessibles.

Les oies comme les grues sont tout deux des modèles de vie familiale, avec des parents fidèles toute leur vie ensemble. Tenant parole et revenant aussi toujours fidèlement à l’endroit d’où elles étaient parties à l’automne précédent.

Mais alors, celle qui était devenue son amie, pourquoi n’est elle pas revenue ? Elle n’a donc pas tenu parole ! »
« Ne juge pas trop vite, Zakou, lui répondit l’avette. Cet oiseau est peut-être mort d’épuisement en route. Qu’en sais-tu ? »
Zakou devait partir en quittant le nid familial, mais il hésitait encore. La meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe. Il aurait voulu savoir voler, et s’imaginait qu’il pourrait parcourir ainsi le vaste monde sans effort.

L’avette lui dit : « Le plus grand voyage commence toujours par le premier pas. Ce qui importe, ce n’est pas d’arriver, mais d’aller vers… »

« J’aimerai continuer à vivre au nid comme autrefois, répondit l’écureuil, tout en désirant partir explorer la forêt. Mais le temps passe et ne revient pas… »

La petite abeille reprit : «Passer le temps ne suffit pas, il faut en gagner. Le temps passe vite, mais on ne compte les heures que quand elles sont perdues.

Regarde là haut dans le ciel ces martinets qui volent. Les jeunes disent ce qu’ils font, les vieux ce qu’ils ont fait, et les sots ce qu’ils feront. »
« On dirait des hirondelles, remarqua Zakou. J’aimerai bien que ces oiseaux se posent près d’ici pour leur parler comme avec toi. »
« Non, les martinets restent toujours en l’air, ils mangent et dorment même en volant. Ils ne se posent que pour couver leurs œufs. Les martinets sont de grands voyageurs qui connaissent bien Ruah, le vent qui les porte. Mais il n’est pas de vent favorable pour qui ne sait pas où il va » lui dit l’avette.

Pourtant regarde dans ce coin là, vers le soleil couchant, ce sont bien des hirondelles ! Mais là c’est une autre histoire…

voir  L’Hirondelle blanche : bouquet de l’hirondelle / T1✿10

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