Communiqué n°6 : "Sonnez, cloches des cathédrales !"

samedi 13 février 2016
par  jabiru


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Ce n’est pas sans une certaine émotion
que je vous annonce une bonne nouvelle
qui deviendra, je l’espère dans quelques mois
une très bonne nouvelle :

Le procès que nous avons intenté
au sujet des cloches de Notre-Dame de Paris
contre les promoteurs de la restauration de la cathédrale et contre l’État,
contre le ministre de la culture plus exactement ;

Ce procès est en train de tourner en notre faveur.

Vous vous souvenez sans doute
qu’un conservateur régional des monuments historiques,
en juillet 2012, nous avait proposé et même promis
d’attribuer au chantier-école de notre future église
les quatre anciennes cloches de la cathédrale Notre-Dame de Paris
qui venaient d’être désaffectées du culte,
au profit de cloches neuves.

Des manœuvres quelque peu ténébreuses
avaient essayé et presque réussi à faire échouer le projet.

Nous avions hésité, à l’époque :

Fallait-il nous laisser faire ?
fallait-il baisser le nez, courber l’échine ?

Ayant obtenu la preuve
que ceux qui avaient fait échouer le projet
avaient pris avec le respect dû aux choses sacrées
- mais aussi avec la loi- plusieurs libertés condamnables,
nous avons choisi
de ne pas nous laisser faire.
Je me permets d’insister un peu longuement aujourd’hui
sur les enjeux de l’affaire :
Faire sonner au cœur de notre village d’enfants,
faire sonner sur notre chantier-école,
demain dans notre église,
les quatre cloches de la cathédrale Notre-Dame de Paris !
Les cloches qui avaient sonné la victoire de 1918 !
La libération de Paris en 1945 !
Les visites pontificales de Jean-Paul II et de Benoît XVI !

Quelle chance !
Quel honneur !
Quelle grâce !

Le projet
s’il était venu de nous-mêmes
eût été quelque peu vaniteux … mégalomaniaque, même.

Mais je voudrais vous rassurer : personne, à Riaumont,
ne s’est levé un beau matin avec l’idée de revendiquer ces quatre cloches :
personne n’a jamais eu envie de partir en guerre pour les conquérir.

C’est l’État lui-même
qui, cherchant un cadre favorable à la mise en valeur
de ces éléments du patrimoine français
a jeté son dévolu
sur notre chantier école.
C’est l’État qui nous les a proposées à notre grande stupéfaction,
et nous les avons acceptées.

Honneur tout à fait immérité,
mais qui s’explique quand même en partie
par le fait qu’il y a en France peu de chantiers-école
qui se soient lancés
dans la construction d’un clocher
susceptible de recevoir ces quatre cloches
dont la plus petite pèse presque 800 kg
et la plus grande un peu moins de 2 tonnes.

Bref,
considérant qu’une chose promise est une chose due
et que quand on ne fait pas ce qu’on a promis
il faut au moins dire pourquoi ;

Considérant aussi
que cette chance insolente,
que cet honneur immérité,
que cette grâce en un mot
était faite, non pas à nous-mêmes,
mais aux enfants dont nous avons la charge ;

pour eux, nous avons choisi de ne pas nous laisser faire.
Et nous avons confié à la Providence
ce projet qu’Elle nous avait Elle-même préparé.

La Providence, en l’occurrence
s’est incarnée en la personne de notre paroissien est néanmoins avocat :
Maître Philippe Bodereau,
qui a magistralement plaidé notre cause.

Mes frères :
C’était la lutte du pot de terre contre le pot de fer
et au terme de combat juridique délicat et complexe
la sentence provisoire est tombée vendredi dernier, 29 janvier 2016 :

C’est une joie pour moi de vous en lire les passages les plus significatifs :
« Considérant que le sort des cloches de Notre-Dame de Paris,
bénies le 4 juin 1856

- Je salue au passage cette mention de la bénédiction des cloches :
la laïcité n’est pas condamnée à se transformer en laïcisme anti-catholique !-
le sort de ces quatre cloches, donc
qui ont sonné nombre d’événements historiques
de Paris comme de la France,
doit transcender le strict débat juridique et judiciaire
engagé par les parties
et trouver une affectation
conforme à la fois au droit,
mais également à leur destination cultuelle
et à leur rôle historique ;

C’est ici le point essentiel, en quoi consiste la victoire de notre avocat !
La Cour fait droit à notre démarche de défense du patrimoine liturgique : Les cloches sont faites pour sonner ; rien ne justifie que ces quatre cloches emblématiques soient condamnées au silence.

« Sonnez, cloches des cathédrales !
Ébranlez-vous comme aux grands jours ! »

dès lors, avant dire-droit, la cour ordonne de
rechercher avec les parties une issue amiable
quant à l’affectation des cloches

elle ordonne donc la comparution personnelle des représentants légaux de :
- l’association Sainte-Croix de Riaumont,
- l’association de sauvegarde du patrimoine religieux et liturgique,

Ca, c’est encore Riaumont
- l’association pour la commémoration du 850ième anniversaire de la cathédrale Notre-Dame de Paris,
- l’association diocésaine de Paris,

ici, je rappelle qu’avant de nous plaindre en justice
nous avions supplié le Cardinal-Archevêque de Paris
de régler lui-même le litige de façon privée, ou plutôt ecclésiale,
et qu’il ne nous a jamais répondu.
Maintenant, il va devoir le faire, sous l’autorité d’un juge civil.

Je continue :
le tribunal ordonne aussi la comparution de :
- Madame la ministre de la culture
qui, elle non plus, n’a pas fait son travail ;
- Madame la chef du service France Domaine,
le 6 avril 2016 à 14 heures 30 dans les locaux de la cour d’appel de Paris.

Je remercie du fond du cœur
tous ceux d’entre vous qui ont prié à cette intention
et qui continueront de le faire.

Quel que soit le talent de notre avocat,
maître Philippe Bodereau,
- et il en est lui-même le premier persuadé -
en cette affaire,
c’est l’esprit de Dieu qui tire les ficelles.

Et tout ceci nous amène au sermon d’aujourd’hui, dimanche de la sexagésime.
Vous me pardonnerez si dans notre méditation de la parabole de ce dimanche
quelques sonneries de cloche résonnent par-ci par-là, à titre d’illustration.

Au nom du Père et du Fils du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Nous venons d’entendre le récit de la conversion de saint Paul,
d’une part,
et d’autre part l’Évangile de la semence de blé,
semée par le semeur,
et qui pousse ou qui ne pousse pas,
selon qu’elle tombe dans la bonne terre ou dans la terre aride.

Je voudrais vous montrer,
alors que le carême approche,
comment ces deux textes nous parlent,

d’une part de la grâce de Dieu, de l’action de Dieu :
- la semence est la Parole de Dieu, dit Jésus-
et d’autre part, des efforts de l’homme.

L’homme -le cœur de l’homme- est cette terre, féconde ou aride, entretenue ou négligée, dans laquelle tombe la semence, pour le meilleur ou pour le pire.

Il y a un dicton, un proverbe
qui résume à sa façon cet aspect de la foi chrétienne :

« L’homme propose ; Dieu dispose ».

C’est comme quand vous construisez une église :
vous prévoyez un clocher, évidemment,
et vous pensez bien y mettre un jour une cloche.

L’homme propose. Mais c’est Dieu qui dispose :

Et c’est Dieu qui décide
d’y placer quatre cloches ;
et alors que vous construisez une simple église,
il choisit d’y mettre des cloches de cathédrale
et alors que vous êtes à la campagne
il vous envoie les cloches de la capitale !

Souvent, Dieu bouscule les plans des hommes !
Dans tous les sens … Parfois c’est joyeux, grandiose, rutilant, carillonnant …
Parfois c’est austère, éprouvant, sinistre, désespérant.
Pour Saint-Paul,
tout n’avait pas toujours été pour le mieux
dans le meilleur des mondes :
pour Saint-Paul,
la vie n’avait pas été un long fleuve tranquille :

et c’est vrai que dans la vie de Saint-Paul
on voit mieux qu’ailleurs
comment Dieu bouscule les plans des hommes :

Saint-Paul avait d’abord été ennemi de la foi,
ennemi juré de la foi chrétienne.
A l’époque, il ne s’appelait pas encore Paul mais Saül.
Donc : Saül propose ; Dieu dispose.

Saül raconte comment avant sa conversion,
il a piétiné avec rage la semence chrétienne.
Il ne voulait pas la voir pousser.
Il ne voulait pas la voir porter du fruit.
Il se réjouit de la voir étouffée par les ronces,
ou dévorée par les oiseaux.

Il fait lui-même le sale travail des ronces et des oiseaux :

Saül est le persécuteur des chrétiens :
il participe à la lapidation de Saint-Étienne,
il se rend à Damas pour mettre à mort les premiers chrétiens.

Car il pense que l’Évangile est une mauvaise semence,
une fausse religion qui offense Dieu,
le Dieu de ses pères : Abraham, Isaac et Jacob.

Il pense, à tort,
que l’Évangile contredit l’Ancien Testament !
Il le rappelle dans l’épître aux Galates :
« j’étais engagé dans le judaïsme
beaucoup plus que ceux de mon âge
animé d’un zèle excessif
pour la tradition de mes pères
j’ai persécuté à outrance
et j’ai ravagé l’église de Dieu. »

Mais soudain, il y a sa conversion, brutale,
Sur le chemin de Damas :
cette chute de cheval,
cette lumière aveuglante,

Saül propose, Dieu … explose !

cette voix qui lui dit
que persécuter les chrétiens,
c’est s’opposer à Dieu.

D’un coup,
d’un seul
Saint-Paul est mis en face d’une évidence :

La semence de la foi chrétienne
la semence de l’Évangile est la bonne
il sent que cette semence pousse en lui
dans le champ de son âme
C’est plus fort que lui,
il n’y peut rien,

On voit d’ailleurs que le Bon Dieu
ne se croit pas tenu de trop respecter la liberté de penser.
Quand Saül pense de travers, Dieu rectifie,
sans lui demander son avis !

Alors Saül devient Saint Paul
il devient,
le plus grand semeur de foi
le plus décidé, le plus courageux, le plus endurant !

Flagellé cinq fois par ses frères les juifs,
lapidé une fois,
trois fois naufragé,
rien ne l’arrête :

Il veut répandre à foison cette semence
avec la même rage qui la lui faisait arracher auparavant.

Vocation extraordinaire de Saint-Paul !
Qui nous dépasse
qui nous laisse un peu perplexes ...

Elle s’enracine dans la révélation très mystérieuse
dont il parle à mots couverts :
« je connais un homme
( c’est lui, Saint-Paul
c’est de lui-même qu’il parle)

était-ce avec son corps
était ce sans son corps ? »

était-ce l’action de Dieu
était ce lui qui agissait ?

Une sorte de rêve, mais très impressionnant ;
il ne sait plus s’il était éveillé ou pas :
l’important n’est pas là,
l’important n’est pas lui,
l’important, c’est ce qu’il a vu et entendu
en présence de Dieu
dans le paradis :

Ces paroles mystérieuses qui dépassent le langage humain.

Saint-Paul est mis devant l’évidence
de la vérité de la foi chrétienne
cette foi catholique qui s’enracine en lui
et qui commence à porter du fruit.

Mes frères,
ce que Dieu fait en grand avec Saint-Paul
il le fait en petit avec nous.
Nous aussi, nous faisons des rêves
des rêves humains,
des projets humains.
Ils sont l’œuvre de notre esprit,
de notre intelligence,
de notre imagination et de notre cœur.

Mais notre cœur lui-même est un cadeau de Dieu !
Alors, par pitié :

ces rêves,
montrez-les à Dieu.
C’est-à-dire : priez !

Prier, ce n’est pas obligatoirement penser à Dieu,
se forcer de penser à-Dieu-et-pas-à-autre-chose.
Quand je me force à penser à Dieu, l’imagination me joue des tours
et je me remets à penser à mes petits problèmes
à ce qui me tracasse,
à ce qui m’amuse,
à ce qui me passionne,
et je me dis que je n’ai pas réussi à prier.
Et je me décourage.

Moi, ces jours-ci,
à chaque fois que je prie, je vois des clochers qui poussent
j’entends des cloches qui sonnent !

Alors, je m’efforce de dire : « mon Dieu, ce clocher,
c’est quand vous voudrez, comme vous voudrez,
il sera ce que vous voudrez. »

Prier,
c’est aussi dire à Dieu ce qui me passionne
c’est aussi confier à Dieu ce qui me tracasse
c’est aussi avouer à Dieu ce qui m’amuse,
et Lui laisser faire le tri de ce qui convient et de ce qui ne convient pas.

Prier, c’est parler avec confiance à Dieu de tout ce qui m’intéresse.

Le père Revet, fondateur de notre communauté
bâtisseur de notre village d’enfants,
bâtisseur de cette chapelle,
nous disait souvent qu’en construisant Riaumont,
il avait réalisé ses rêves d’enfant.

Mais c’étaient des rêves d’enfant
qu’il avait présentés à Dieu ;
qu’il avait proposés à Dieu :
il avait proposé, et Dieu avait disposé

Et quand Dieu dispose,
il faut accepter qu’il bouscule,
qu’il chamboule ce que nous avions proposé au départ.

Et quand on propose,
il faut le faire avec humilité,
en se disant que ce que Dieu veut faire
est forcément beaucoup plus beau
que ce qu’on est soi-même en train d’imaginer et de proposer.

Mes frères,
nous avions rêvé
nous avions proposé un clocher avec une cloche,
Dieu a disposé d’un clocher beaucoup plus beau
et c’est très agréable,
et nous ne boudons pas notre joie.

Mais nous avions rêvé aussi bien d’autres choses
qui ne se réalisent pas – pas encore !
comme nous les avions rêvées.

Nous avions rêvé, et nous rêvons encore de grands succès apostoliques :
Je rêve de convaincre les pensionnaires de Riaumont
de ne plus dire de grossièretés,
Je rêve d’avoir quinze fois plus d’adorateurs
à l’adoration du premier vendredi du mois
et vingt fois plus de paroissiens à la messe du dimanche.
Et cela ne se fait pas …

Et je rêve qu’il n’y ait plus d’enfants privés de leurs parents,
ni de familles divisées,
ni de paroisse sans curé ;
que les vocations affluent dans toute l’Eglise de France
et pour l’Institut Sainte-Croix de Riaumont,

Et je rêve que tous les religieux de Riaumont et moi d’abord
nous soyons tous des saints et ceci ne s’est pas encore tout à fait réalisé.
Saint Paul, ce géant de la Foi,
nous parle de cette lutte pour la sainteté qu’il a mené,
pour son propre compte,
dans la difficulté.

Le géant de la Foi reste un homme faible ;
il nous le dit, faible et sujet à la tentation :

et il en parle avec des mots qui nous touchent
« une écharde dans ma chair »
« un esprit satanique qui me gifle »
souffrance et humiliation.

Par trois fois, il demande au Seigneur de d’en débarrasser.
Et Jésus lui répond :

« Ma grâce te suffit ! »

C’est bien l’enseignement de l’Évangile de ce dimanche :

l’Évangile est une bonne semence
l’Évangile et la bonne semence

l’Évangile est la grâce qui suffit à tout
la grâce qui suffit à repousser toute tentation,
à supporter toute humiliation,
à surmonter toute souffrance
et à porter tous les projets !

Il y a des échecs amers
et de cruelles désillusions.

Et c’est parfois très désagréable ...
Mais comme nous serions coupables
de gémir et de nous plaindre
et de bouder, parce que notre volonté ne se fait pas.

Comprenons une fois pour toutes
que les rêves que les projets que les ambitions que nous portons notre cœur
pour autant qu’elles sont conformes aux dix commandements,
c’est Dieu qui les y a fait naître ;
ce sont des graines,
des semences,
et Dieu sait mieux que nous
ce qu’elles contiennent de bon, de beau et de vrai
et Dieu sait mieux que nous
quand et comment elles doivent pousser et porter du fruit :
Que Sa Sainte Volonté se fasse, sur terre comme au Ciel !

C’est cet abandon à la sainte volonté de Dieu
qui nous fait accueillir avec joie
tout ce que la Providence de Dieu nous envoie.
Parfois la main de Dieu nous frappe
parfois elle nous caresse.
Elle ne caresse pour nous encourager,
elle nous frappe pour nous corriger.

Cet abandon est le fondement de la vertu d’Espérance
l’Espérance avec un grand E.
L’espérance qui nous fait attendre avec confiance
la grâce de Dieu en ce monde,
et, si nous sommes fidèles,
la vie éternelle dans l’autre.

La grâce de Dieu en ce monde
uniquement la grâce de Dieu
ni la santé,
ni le repos,
ni le succès,
ni la gloire,
uniquement la grâce de Dieu…
avec en prime, quand même, pour nous encourager sur la terre
quelques petites sonneries de cloches, par-ci, par-là.

Cette Espérance surnaturelle,
cette attente, ce désir passionné des choses surnaturelles,
Benoît XVI en a magnifiquement parlé dans son encyclique « Spe salvi ».
Elle nous est absolument nécessaire, dit-il,
pour surmonter les vicissitudes de notre vie sur la terre
et nous faire éviter les deux grands écueils
qui menacent ceux qui sont éprouvés :
le découragement ou bien le fanatisme.

Alors, non :
Jamais découragés, jamais aigris, toujours joyeux !
Jamais déprimés, jamais surexcités, toujours sereins !

Le père Revet, notre fondateur,
qui fit tant de beaux rêves,
et qui ne les vit pas tous réalisés, loin s’en faut,
avait une expression qui résume bien des larmes et bien des soupirs :
« l’Espérance s’édifie sur les ruines de l’espoir. »

L’espoir attend de beaux succès matériels et terrestres,
l’Espérance sait les attendre quand ils tardent à arriver ;
c’est que sa véritable exigence est d’un autre genre.
Elle exige infiniment plus : la grâce, la vie éternelle.

Prions Saint-Paul
pour qu’ils réveille notre foi,
notre ardeur,
nous donne le courage d’être des semeurs, comme lui,
fiers de connaître la parole de Dieu,
la parole de vie, la parole de fécondité,
fiers de la faire sonner et résonner,
la carillonner à temps et à contretemps !

Fiers d’avoir reçu au baptême la grâce du Christ,

« la grâce qui suffit »

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, ainsi-soit-il.



 


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